Le Nouveau Brunswick est réputée pour ses homards comme le reste de la côte atlantique du Massachusetts à Terre Neuve. La saison de pêche des homards et autres crabes, palourdes ou crustacés commence aujourd’hui sur la côte Est du NB. Elle a été repoussée de 15 jours à cause de la crise sanitaire. Shediac, à 15 mn d’ici, se targue d’être la capitale mondiale du homard, rien que cela! La conchyliculture et sa transformation ici dans les usines sur la côte représentent un revenu substantiel pour le NB. Une grande partie de la production est exportée.
La pêche au homard est réglementée, un cahier des charges précis doit être respecté pour une bonne gestion des ressources. La durée de la saison est limitée, les zones de pêche contingentées, la taille des homards pêchés doit être calibrée, le Canada investit également beaucoup dans la recherche et la durabilité de la production.
Il y a beaucoup d’évènements traditionnels tout l’été autour du homard. On peut en acheter facilement de partout, auprès des pêcheurs, marché ou supermarché. Les prix varient l’été de 4 à 10$ la livre, une vraie aubaine ! Il se déguste avec du beurre à l’ail, ou en soupe( clam and lobster showder) aussi en rolls, petit sandwich de homard émietté. La région est aussi connue pour le homard bleu, très rare ici (1 homard bleu pour 4 millions de homards ordinaires !), similaire il me semble au homard bleu de Bretagne, la légende dit qu’il vaut mieux relâcher un homard bleu, cela porte chance ! Un autre phénomène récurrent est le homard géant, chaque année, chaque pêcheur relève le défi du plus gros homard. Cela a commencé très fort la semaine dernière au nord du NB avec ce homard géant de 7 kg environ ! Ceux que j’ai achetés cette semaine à Shédiac, ne pesaient que 700 grammes !!
Le homard géant de Caraquet, pêché en début de semaine!
Tout près de St Pierre et Miquelon, se trouve l’immense province de Terre-Neuve et du Labrador, une étendue gigantesque reliant presque l’Europe par le Groenland. Découverte par l’explorateur anglais Jean Cabot à la fin du 15eme siècle, son histoire a été aussi tiraillée entre les revendications françaises et anglaises. Des français basques s’y sont installés au 17eme siècle et il y a eu une tentative de colonisation par la France, mais après de vives tensions, les français ont renoncé aux revendications. Dommage, car que de trésors dans ces territoires : dans le sol avec de nombreux gisements d’or, de fer, d’argent et toute sorte d’autres minerais, du pétrole aussi et l’industrie de la pèche évidemment ! Le tourisme aussi attire des visiteurs du monde entier, pour ces paysages sauvages et ses grands espaces et un évènement insolite, les icebergs flottants du printemps au début de l’été. Des morceaux de banquise, pouvant atteindre 50 à 100 mètres de hauts provenant du Groenland, se détachent et flottent au fil des courants le long de la « Iceberg Alley », au nord de Terre Neuve avant de s’effondrer ou se dissoudre complètement dans les eaux , c’est un spectacle époustouflant et unique, de vraies œuvres d’art sculptées dans la glace. Certains courageux vont même jusqu’à scier des morceaux de ces glaciers, pour récupérer et embouteiller l’eau pure stockée depuis des millénaires.
Des photos à couper le souffle à découvrir absolument sur le net !
C’est le drame pour des dizaines de milliers de jeunes à travers les pays anglo-saxons: il n’y aura pas de bal de promo, ni de remise des diplômes cette année dû à la crise sanitaire !
Inimaginable et impensable pour des générations de « grads », le nom que l’on donne aux élèves de la dernière année des high schools, car si pour les francophones cette tradition, largement diffusée et édulcorée par les séries américaines, semble plus appartenir au folklore, j’ai réalisé en vivant ici qu’il s’agissait bien plus que cela, c’est en fait un vrai rite de passage pour tout une classe d’âge ! Je n’ose imaginer le choc de tous ces élèves quand on leur a annoncé qu’il n’y aurait pas de festivités en fin d’année. Même le ministre de l’éducation, ici au NB, s’est mis en scène dans son bureau avec des banderoles et des ballons de baudruche pour dire à quel point il compatissait avec les « grads » et qu’il ferait tout pour trouver un moyen pour que cette expérience d’une vie ait lieu !
Et ce n’est pas seulement les adolescents qui sont bouleversés par ces décisions, mais les parents aussi. Une de mes collègues est en pleurs à chaque fois que l’on évoque le sujet en réunion virtuelle, car sa fille est en douzième année ou terminale. Des générations de canadiens et d’américains ont vécu cet évènement, quasi aussi important qu’un mariage, voire plus ! Un évènement qui rythme toute la scolarité en fait, un aboutissement et le sentiment d’achèvement avant de prendre une nouvelle direction. On a tous vu des images du bal de promo et de la cérémonie de graduation avec la fameuse toge et le chapeau à ruban. En fait, tout commence dès le début d’année, avec la prise de photos officielles en toge qui seront affichées dans le yearbook et les couloirs de l’école, puis toutes les soirées et activités organisées tout au long de l’année par le comité des grads, puis le choix de la robe pour les filles, qui commence très tôt, voir l’année précédente, les invitations des garçons, des invitations parfois faites devant toute une classe ou des spectateurs lors de matchs sportifs, le bal en lui-même, qui a lieu dans un hôtel chic ou l’école, métamorphosés pour l’occasion, la cérémonie de remises de diplômes fin juin avec les parents, puis les repas de famille, bref de quoi occuper les parents, les jeunes et… les commerçants pendant plus de 6 mois ! Je ne connais pas le budget exact par famille, mais de quoi donner le vertige, j’imagine, quand en plus on connait les frais d’études qui vont suivre !
Eva avait pu suivre quelques copines en janvier, parties à la recherche de LA robe, prix moyen 500$! Auxquels il faut ajouter les accessoires, la coiffure, le maquillage, les rendez-vous se prennent des mois à l’avance, la location de la limousine ou de la voiture qui les conduira au bal, les photos, les cadeaux. Un vrai business!
Ma collègue m’ a raconté que dans mon école rurale, le bal de promo se passe dans la cafétaria, un tapis rouge est déroulé, les parents attendent tous devant l’entrée que chaque élève arrive avec son cavalier dans une limousine, une décapotable et pour certains un tracteur…mais ça c’est au fond de la campagne canadienne!
Le fameux sweat-shirt des »grads » commandé en début d’année. On peut voir une signature connue sur le 2 de 20!
Saint Pierre et Miquelon, est un territoire français d’outre-mer, aujourd’hui appelé collectivité d’outre-mer française comme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Martin, Saint Barthélémy et l’atoll de Clipperton appelé aussi l’île de la passion.(J’ai d’ailleurs découvert au travers de mes recherches l’existence de ce minuscule atoll français, perdu au large du Mexique dans le Pacifique et dont l’histoire est très intéressante, Thalassa avait fait un reportage sur ce petit rocher français en 2017, à regarder absolument en ligne !)
Gageons que vous savez tous placer ces lieux sur une carte du monde…car mis à part quelques références en cours de géographie du collège et l’élection de Miss France, on n’entend pas souvent parler de ce petit bout de France, l’archipel de St Pierre et Miquelon !
Et il est là, tous près du Nouveau Brunswick, dans le golfe du Saint Laurent, juste en dessous des majestueux Terre-Neuve et Labrador. Les paysages y sont semblables au Nouveau Brunswick, l’hiver y est un peu plus rude. C’est un archipel de 8 îles, dont 2 seulement sont habitées, Saint Pierre avec quelque 5400 habitants et Miquelon, avec 600 habitants, des villages français du bout du monde !
Son histoire est liée à l’histoire de la Nouvelle France, des conquêtes de Jacques Cartier aux incessantes guerres avec les anglais, c’est le seul vestige de ce pan de notre histoire, vraiment tout riquiqui quand on sait que la France avait conquis quasiment tout l’Est de l’Amérique du Nord, de la Louisiane au Labrador…Malgré tout, c’est un lieu qui a eu un rôle stratégique important à travers l’histoire, de l’accueil des acadiens déportés, à la deuxième guerre mondiale en passant par la Prohibition américaine et l’industrie de la pêche.
On y parle français, on utilise des euros, les voitures sont en partie immatriculées comme en France, il y a des écoles primaires, un collège et un lycée général et professionnel. Les habitants actuels ont des ancêtres normands, bretons et basques, avec quelques mélanges irlandais. Les gendarmes sont les mêmes que chez nous, les restaurants et bars aussi, une île bretonne en Amérique du Nord ! Les ressources proviennent de la pêche et du tourisme. De St Pierre à St Martin, de Paris à Nouméa, en passant par la Corrèze et le Limousin, la France a, sans aucun doute, de multiples facettes !
Il n’y a pas de vol direct au départ de Paris, sauf l’été, il faut sinon transiter par Halifax, en Nouvelle Ecosse.
Et enfin, quelques photos de nos virées de la semaine…
La plage de Grand Barochois, à côté de Shédiac
Ca va bien aller, la devise des Acadiens, que l’on voit partout affichée en ce moment!
La baleine noire de l’Atlantique Nord est endémique de la baie de Fundy et du golfe du Saint Laurent et de la côte Atlantique américaine. Elle vient y passer l’été de juin à octobre après avoir passé l’hiver au large de la Floride.
Nous n’avons pas encore eu la chance d’en voir, mais nous attendons le mois de juin pour essayer d’en apercevoir, il y a plusieurs lieux au Nouveau Brunswick où on peut les observer, au large du port de Alma ou plus au sud dans la baie de Fundy et notamment près de l’île de Grand Manan. Dix- huit mètres de long, 50 à 70 tonnes, ce géant des mers est malheureusement en voie de disparition, il ne reste plus de 400 espèces, ce qui est le seuil en dessous duquel, une espèce est vouée à disparaître.
Ce type de baleines a longtemps été chassé pour sa graisse et ses dents jusqu’au 19eme siècle, il en existait alors plus de 10 000, et avait déjà failli disparaitre, alors, puis l’industrialisation lui a laissé un peu de répit, jusqu’à l’avènement de la surpêche…
C’est en effet, la présence de gros navire de pêche et de multitudes de cordages au large du Nouveau Brunswick et de Québec, dû à la pêche aux homards entre autre, qui explique sa disparition rapide. Soixante-dix pourcent de ces cétacés portent des marques de collision ou d’empêtrement. De plus, ces dernières années, les océanographes ont noté que les eaux entre le Maine et le Saint Laurent étaient celles qui se réchauffaient le plus vite avec le changement climatique et les baleines migrent maintenant davantage vers le Golfe du Saint Laurent, encore plus fréquenté par les bateaux, que la baie de Fundy, où les eaux ont d’ailleurs été toujours plus chaudes. Si en 2009, 39 baleineaux sont nés, un vrai baby-boom, la situation s’est empirée en 2017 où 17 cadavres ont été retrouvés. Depuis, le gouvernement et des associations, ainsi que les pêcheurs tentent de trouver des solutions pour sauver ces animaux majestueux.
Ci-dessous, une petite vidéo explicative, avec l’irrésistible accent québécois… Et en attendant de pouvoir observer ces belles baleines, nous l’espérons très vite, quelques photos de nos ballades de la semaine! Le printemps est arrivé!
Bretagne ou Nouveau Brunswick???
La rivière Petitcodiac, au loin Moncton et à droite le chateau d’eau de Dieppe.
Jamais, je n’aurais imaginé en cet après-midi de juillet où j’ai reçu un coup de fil de la proviseur de l’école régionale de Petitcodiac me proposant un poste pour la rentrée, que le nom de ce village était chargé de tant de symbolique et d’histoire de la culture aborigène, acadienne et canadienne…
Magnifique photo prise en octobre dernier par des amis pilotes qui rentraient de Mexico pour Paris et qui sont passés juste au dessus de Moncton! On y voit très bien le fameux coude et l’agglomération de Moncton et au loin la rivière affluente Memrencook, la baie de Fundy et la Nouvelle Ecosse.
L’embouchure au niveau de la baie de Fundy, près des rochers de Hopewell. Et un peu plus au sud, dans la baie de Fundy, près du port d’Alma et du parc de Fundy.
La rivière Petitcodiac appelée aussi la « rivière chocolat » prend sa source dans le village de Petitcodiac qu’elle traverse tout près de mon école. L’eau y est encore claire, les élèves me disent s’y baigner l’été et faire de la moto des neiges dessus l’hiver ! Elle poursuit son chemin sur 129 km pour aller se jeter dans la baie de Fundy, tout à l’Est du Nouveau Brunswick.
La rivière Petitcodiac au départ dans le village de Petitcodiac en janvier.
Un peu plus à l’est de Petitcodiac, le seul pont couvert qui la traverse, sur les 70 ponts couverts restant au NB.
Sa couleur change au niveau de Moncton, c’est la présence de minéraux et le ballet des marées les plus hautes du monde qui lui donnent cette couleur chocolat, parfois gris clair et bleutée. Une légende Mik’maqs raconte que sa couleur est la conséquence d’une lutte entre une anguille et un homard géant. Rivière de taille normale à sa source, son envergure à l’embouchure est spectaculaire et impressionnante par sa largeur. Son nom vient des indiens Mik’maqs même si certains disent qu’il ferait référence au terme français « coude », qu’elle forme au niveau de Moncton. La rivière s’élargit un peu avant Moncton où se trouve le dernier pont pour l’enjamber, ensuite la largeur, les marais ainsi que la pression des marées les plus hautes du monde ne permettent certainement pas la construction d’un autre pont.
Dans Moncton, le fameux coude, le monument en l’honneur du premier maire de Moncton et de l’industrie navale et le panneau indiquant les horaires du masquaret, je n’ai pas encore trouvé le temps d’y aller à la bonne heure…
Son histoire est liée aux premières nations et aux acadiens, mais aussi à la richesse économique de Nouveau Brunswick au 19eme siècle avec la construction navale, l’industrie du bois, la pêche aux homards et l’exploitation de minéraux variés(les villes de Boston et NY comptent encore aujourd’hui des bâtiments faits en grès de Petitcodiac !). Plus récemment, c’est le pont-jetée, construit en amont de Moncton en 1966 qui a fait couler beaucoup d’encre. En effet, la construction du pont à vannes a interrompu le flot naturel de la rivière et a détruit un grand nombre d’espèces, comme le saumon atlantique. Cela a entrainé également la réduction de la largeur de la rivière après Moncton et le dépôt de sédiments. Depuis les années 2000, il y a eu des multitudes de procès jusqu’à la cour suprême canadienne, liés à des scandales environnementaux et des problématiques économiques. Incroyable ce qu’une simple rivière peut créer comme crispations et tensions ! Si les anciens savaient cela ! Aujourd’hui, un nouveau pont (promis dans les campagnes électorales depuis le début des années 2000 !) est en construction, travaux titanesques depuis 2017, juste à côté de l’actuel, la fin étant prévue pour 2021. Beaucoup d’habitants espèrent retrouver la rivière qu’ils ont connue jeunes, notamment le fameux mascaret, vague de 70 cm environ naissant deux fois par jour sur la rivière au rythme des marées, allant à plus de 10 km/heure, phénomène beaucoup plus marqué avant la construction du pont( deux mètres de haut!). On peut y voir, paraît-il en été des surfeurs venir s’y amuser. Les Mik’maqs, eux se servaient de ce masquaret pour avancer plus vite et atteindre en une journée la ville de St John, plus au sud.
En descendant le long du sentier longeant la rivière depuis Moncton jusqu’à Dieppe. Moncton au loin
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Au niveau de Dieppe, les paysages deviennent plus sauvages.système des aboiteaux rapporté de France par les Acadiens au 17eme siècle et partagé avec les premières nations pour permettre la culture des marais et éviter que l’eau salée ne rentre dans les marais cultivés, même système que dans le marais poitevin!
Aujourd’hui des associations environnementales tentent de protéger cette rivière, à la biodiversité très riche et à l’histoire tumultueuse, tout comme ses eaux!
Et finalement, tout au bout, sur la rive nord, avant l’embouchure dans la baie de Fundy, après le village de Memramcook.
C’est le nom donné aux autochtones canadiens, autre terme qui désigne ceux que l’on appelle encore les Indiens d’Amérique en Europe. L’histoire de ces peuples est tourmentée et en même temps fascinante. Tout comme les aborigènes d’Australie ou de Malaisie, les hommes fleurs de Sumatra et les native Americans aux USA,leur histoire et culture sont semblables à tous les peuples indigènes ou minoritaires à travers les âges.
Il existe 6 groupes distincts de peuples autochtones au Canada, avec des traditions et cultures différentes, en lien direct avec leur environnement et les régions d’origine. Certains pêcheurs, d’autres chasseurs, certains nomades, d’autres sédentaires. Ici, au Nouveau Brunswick, on parle du groupe des Premières Nations des régions boisées, composé de plusieurs tribus dont les Mi’kmaq. Près de Dieppe, il existe encore aujourd’hui une réserve, appelée la réserve de Fort Folly, un territoire que de nombreux traités depuis l’arrivée des colons au 16eme siècle, ont défini comme appartenant aux premières nations ( quelle ironie !). C’est une petite réserve d’une cinquantaine d’habitants, comme un petit village en fait, avec ses propres commerces et services et une école élémentaire. Il en existe de nombreuses à travers tout le Canada et également d’autres au Nouveau Brunswick. Nous y sommes allés par curiosité, mais aussi parce que des associations tentent de conserver la culture de ces premières nations, et par exemple dans la réserve de Fort Folly, il existe des sentiers aménagés avec des panneaux expliquant les plantes médicinales utilisées pour se soigner et les traditions ancestrales. C’est un sentiment étrange que de se rendre dans ces réserves, un peu le même ressenti que j’avais eu aux USA en traversant les réserves Navajo, impression d’isolement, d’abandon de pauvreté et en même temps un cadre naturel qui semble préservé. Mais même constat qu’aux USA, malheureusement, de nombreux mobil homes en mauvais état faisant office de maisons, des jardins mal entretenus. Quand on connait l’histoire de ces peuples, si sages, respectueux de la nature, aux valeurs et organisation sociale saines, et ce que les colons blancs en ont fait, c’est vrai que cela laisse une impression étrange et gênante !
Comme tous autres peuples aborigènes, les colonisateurs blancs ont été sans pitié au Canda, profitant d’eux tout d’abord au 17eme siècle, puis essayant de les assimiler ou les assister et infantiliser, ensuite, notamment avec les pensionnats indiens, dont j’ai déjà parlé plus haut. De nombreux traités ont été signés en leur défaveur jusqu’au milieu 20eme siècle, un des traités s’appelait d’ailleurs, l’Acte des Sauvages… Sans parler des ravages de l’alcool et de la perversion des colons. A partir des années 1960, différentes communautés autochtones ont commencé à s’organiser, des chefs ont pris la parole et ont demandé des comptes. De nombreux procès ont eu lieu et le gouvernement canadien a entamé sa politique de réconciliation et de reconnaissance de leur identité et légitimité. Il a fallu attendre 2008, quand même, pour que le premier ministre fasse des excuses publiques aux victimes des pensionnats indiens. Aujourd’hui, le gouvernement du Canada travaille en partenariat avec les Premières Nations, en cette ère de réconciliation, pour renforcer les collectivités autochtones. Ce travail de collaboration essentiel a lieu partout au pays dans divers domaines relatifs aux Autochtones, tels que l’économie, l’éducation, la gouvernance, les services sociaux, les droits de la personne, la culture et le règlement des revendications territoriales en suspens. Il existe aussi la journée des Autochtones le 21 juin, jour du solstice d’été, un jour symbolique pour les premières nations. Des associations tentent de préserver la langue, la culture, les traditions de pêche et de sauvegarde de l’environnement (dans leurs traditions par exemple, on chante une chanson aux ours avant de les tuer, pour les remercier de fournir de la nourriture pour la tribu, on danse aussi au moment de la saison de pêche du saumon. Les écoles élémentaires dans les réserves enseignent les traditions en même temps que les programmes institutionnels. Les élèves autochtones ont droit à des bourses spécifiques, il y en a quelques-uns dans l’école des enfants. Les réserves ont leur propre organisation politique, avec un chef à la tête du conseil. Mais attention, pas un chef avec un calumet et des plumes, celui de Fort Folly a un sacré parcours ! Il a été élevé dans la réserve et initié aux traditions Mi’kmaq, puis fait ses études à l’étranger et a voyagé dans le monde entier, il aussi servi dans l’armée américaine et s’est lancé sur le tard dans la politique ! Aujourd’hui, il défend les droits des autochtones et œuvre pour le respect des traditions et de la culture de Fort Folly.
Les sentiers dans la réserve
La Chapelle Saint Anne à Beaumont, près de la réserve, construite en 1862 par les acadiens et les Mik’maqs, symbole de l’évangilisation des premières nations par les français.
Aujourd’hui lieu de pèlerinage pour les autochones, la réserve a été déplacée plus à l’intérieur des terresVue de la chapelle…La rivière Petitcodiac à proximité de la réserve de Fort Folly, ressource importante des Mik’maqs au temps des traditions ancestrales.
Pour nous le printemps n’a pas encore montré son nez, pas encore de petites fleurs, ni d’oiseaux qui chantent, encore de la neige et même si elle commence à fondre et les rivières à dégeler, il va falloir encore attendre un bon mois pour cela, mais il y a les cabanes à sucre!
Heureusement, nous avons pu en visiter une avant que les consignes sanitaires soient passées par là. Les cabanes à sucre ou érablières sont des fermes plus ou moins traditionnelles de fabrication du sirop d’érable. Même si on voit encore de ci delà des petits seaux accrochés aux arbres, comme les autochtones le faisaient jadis, pour récolter la sève montante des érables à sucre (pas la peine d’essayer avec l’érable de votre jardin, ce n’est probablement pas un érable à sucre !), l’activité s’est maintenant modernisée avec un système de tuyaux qui partent d’une fente au milieu du tronc et qui récoltent la sève, plutôt de l’eau sucrée, jusqu’aux installations de transformation qui restent sommaires et traditionnelles encore.
Le Canada est le premier producteur de sirop d’érable au monde, environ 70000 tonnes par an, majoritairement expédiés vers la Chine et le reste du monde. Pour un litre de sirop d’érable il faut recueillir environ 40 litres de sève et si le moins de mars est le mois idéal pour recueillir la sève, les arbres restent sous perfusion toute l’année. Il faut des températures positives en journée et négative la nuit pour que l’arbre se dilate et laisse couler sa sève. Une fois la sève récoltée, elle est chauffée, plusieurs fois pour faire évaporer l’eau et garder le sucre, un peu comme du caramel en fait. Il y a beaucoup de produits ici, en plus du sirop. Beurre, gâteaux, bonbons et la fameuse la tire d’érable ou « taffy on ice », qui remporte un grand succès, un peu de sirop chaud versé sur de la neige pure et voici en quelques secondes une belle sucette au sirop d’érable. Les cabanes à sucre proposent aussi des brunchs avec pancakes à volonté, saucisses et fèves en sauce. Hum, un vrai délice, dommage que cette période soit écourtée cette année, car c’est une vraie tradition pour les canadiens, une vraie ambiance de fin d’hiver canadien…
En cette période de crise mondiale, je ne peux m’empêcher de penser à ce slogan de propagande, dont l’histoire est surprenante d’ailleurs, et que l’on associe à tort à Winston Churchill, et qui reflète l’état d’esprit que le gouvernement anglais voulait insuffler pendant la guerre éclair de 1939.
Il est tellement représentatif de la façon dont est gérée la pandémie ici au Nouveau Brunswick, à l’opposé de ce que j’entends de la France, de manière complètement surréaliste des deux côtés de l’Atlantique.
Ici, tout a commencé alors que l’Italie était déjà en quarantaine, en fait à notre retour de Californie. Le gouvernement a annoncé le 8 mars que toutes les personnes qui rentraient de l’étranger à partir de cette date devaient rester chez elles en quarantaine, on était rentrés le 7 🙂 ! Il n’y avait toujours pas de cas déclarés au Nouveau Brunswick et encore moins de 100 dans tout le Canada. Cela concernait pas mal de monde, puisque c’était le retour de la semaine de March Break et si dans mon école rurale il y avait peu d’élèves et de professeurs concernés, ce n’était pas le cas dans les écoles des villes, où l’on commençait à parler de pénurie de professeurs remplaçants et l’annulation de journées de formation. Puis le mercredi, on a annoncé qu’un cas avait été déclaré dans le Sud Est du NB, c’est-à-dire Moncton et environs, une femme d’une cinquantaine arrivant de voyage en France. A l’école, c’était déjà la panique, des élèves venant avec des gants et des masques et des produits désinfectants ! Toute l’équipe a mis les points sur les I, pour ne pas laisser l’hystérie s’installer et moi j’en ai profité pour reparler du procès des sorcières de Salem et l’hystérie de masse de l’époque J !
Un deuxième cas a été annoncé le jeudi, un proche de la première personne. On a commencé à annuler les tournois, entraînements, évènements à venir. Et le vendredi, déjà beaucoup d’absents (7 en classe de 6eme !) et cette ambiance fébrile dans l’école, quelque chose se tramait. Pourquoi de telles réactions des élèves et des parents ? Pour plusieurs raisons, la religion pour certains, car il existe encore des communautés mennonites dans certaines parties de la province, proches des communautés Amish et ayant des croyances spécifiques en matière de santé. De plus, les canadiens, je l’avais remarqué, sont méfiants de nature des virus et autres bactéries, un peu comme les japonais, en fait. Et le verdict est tombé, vendredi soir, en même temps que la France quasiment, les écoles seront fermées pendant 15 jours aux enseignants et enfants, seuls les agents d’entretien s’y rendront pour tout désinfecter. Aucun cours en ligne ou travail à la maison seront donnés a sommé le ministre de l’éducation du Nouveau Brunswick, pas de contact avec les élèves et les parents, pas de réunions dans les établissements, pas de travail supplémentaire à faire, il fallait considérer ces 15 jours comme des snow days et des mesures seraient prises plus tard, si les fermetures perduraient ! Les enseignants étaient surpris, d’autant plus que l’on avait montré aux élèves le vendredi comment accéder aux classes virtuelles sur Office 365 ! Mais après réflexion, cette décision n’est pas si surprenante dans un pays où le travail à la maison n’est pas recommandé pour souci d’équité. Il n’y a pas non plus beaucoup de vacances ici, une seule semaine entre janvier et fin juin.
A moi, les lectures, formations en ligne, vidéos, films, sport ! Désolé, chers collègues de France ! Et depuis lundi, nous recevons des informations au jour le jour, soit des recteurs, soit du gouvernement. Le clou a été hier, le recteur nous a écrit que nous devions prendre soin de nous et a fait une liste d’activités que nous pouvions faire pour ne pas céder au stress et à l’anxiété( yoga, activités sportives, marche à l’extérieur, respirations profondes, mettre en place une routine, montrer de la gratitude à ses proches et son entourage, profiter de ce moment en famille, ne pas écouter les informations en boucle, vérifier ses sources, bien s’alimenter, un numéro de téléphone est également disponible pour soutenir le personnel…) Un message surréaliste en soi, certes mais qui l’est d’autant plus quand mes collègues enseignants en France me racontent à quel point l’organisation des cours en ligne est faite dans l’urgence, sans formation, sans matériel, sans concertation qui se traduit quasiment par un enseignement individualisé( quand on sait qu’ils ont en moyenne au collège et lycée 150 à 200 élèves) avec des courriels incessants des élèves et des parents parfois agressifs, des inégalités profondes entre les établissements au niveau du matériel, des consignes mais aussi du public plus ou moins favorisé, des enfants sans ordinateurs, imprimantes ou connexion, surtout au primaire et collège, des enfants non autonomes et entraînés, des parents non disponibles, des enseignants ne jouant pas le jeu non plus et n’étant pas formés non plus. Comme toujours, aucune consigne claire, des recommandations (je devrais dire injonctions !) contradictoires, bref une organisation à la française !
Euh, ben moi, comme je suis contente d’être au Canada et de suivre les injonctions de mon recteur !!:)
Même discours provenant du recteur des districts francophones en tant que parent d’élèves cette fois, qui nous a envoyé un message également hier, rappelant qu’il s’agissait d’un moment grave, en voici un extrait : « La poursuite des apprentissages est aussi une préoccupation pour nous et pour le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Toutefois, il faut savoir que l’éducation est bien plus que de fournir des devoirs aux élèves. Elle leur permet de développer des compétences et de s’actualiser comme personnes, ce qui doit se faire dans un autre contexte, pour le moment.
Nos installations scolaires sont remplacées temporairement par l’École de la vie. Je vous invite donc à profiter de ce moment pour encourager vos enfants à faire de la lecture, à demeurer attentifs à leur santé et mieux-être et à saisir cette situation sans précédent pour en faire une leçon de vie, pour bâtir la résilience de vos enfants et vos jeunes, et pour les amener à développer de manière créative de nouvelles habiletés autour de la maison. Et, bien sûr, je vous prie de respecter les consignes de la Santé publique, notamment en ce qui a trait à la distanciation sociale. »
Et ce matin, encore à la radio, une psychologue qui insistait sur le fait qu’il fallait profiter de ce temps en famille pour se détendre, communiquer, faire du sport, bien s’alimenter, montrer de la gratitude, vérifier les sources des informations, ne pas rester trop connectés sur les réseaux sociaux. C’est aussi les messages que nous recevons du gouvernement, par radio ou sur les réseaux sociaux : respecter les consignes de propreté, ne pas rester trop connectés, faire de l’exercice et veiller à sa santé mentale, des numéros verts sont aussi mis en place si les gens ont besoin de soutien psychologique. Pas d’injonctions traumatisantes, pas de décisions arbitraires et démesurées, une gestion qui semble réfléchie. En même temps, le Canada a tiré des leçons du SRAS. Aujourd’hui, l’état d’urgence a été déclaré au NB, avec toujours 2 cas déclarés, 10 suspectés et 400 tests négatifs administrés et des chiffres en augmentation dans tout le Canada. Les gens se mettent en quarantaine tout seul en fait, je l’avais remarqué aussi, lors des grands froids ou de la tempête Dorian en septembre les gens ont tendance déjà à rester chez eux et les rues se vident, beaucoup de magasins, salles de sports, spa et cabinets d’ostéo, kiné et massages ont fermé dès lundi ainsi que des bureaux ouverts au public. Les garderies qui étaient encore ouvertes jusqu’à hier, ont également fermées. Des mesures de bon sens sont prises, par exemple au supermarché, avant de prendre un chariot, il y a un jeune qui désinfecte la barre ou l’on pose les mains. Dans tous les magasins ou restaurants, il y a du désinfectant à l’entrée pour qu’on se lave les mains, les rouleaux de papier hygiénique sont limités à deux paquets par passage. On nous demande aussi de pratiquer la distanciation sociale, de rester à 3 mètres environ des gens que l’on côtoie et de rester en isolation le plus possible. Les décisions semblent mieux réfléchies, en même temps, il est plus facile de gérer 750 000 personnes imprégnées de la culture anglophone que 66 millions imprégnées de leurs origines latines ! 🙂
Bon et bien moi, je suis les conseils du recteur! Même si le dégel a commencé, on est encore loin de pouvoir s’allonger sur la serviette!
Allez, le titre de mon post était facile en ces temps bien moroses…Mais, je ne pouvais pas ne parler de cette intervention que notre principal a organisé cette semaine pour les collégiens de mon école. Une assemblée spéciale dans l’amphithéâtre, différentes de celles que nous avons chaque mois déjà et dont l’objectif est de créer une culture de l’école, récompenser les élèves méritants et créer des liens entre les élèves. Cette assemblée extraordinaire ressemblait plus à un one-man show ou un « pep rally » une tradition américaine de galvaniser les équipes ou foules lors de rassemblements sportifs.
Andy Thibodeau, un canadien de l’Ontario, a commencé à se produire dans les établissements scolaires, associations, entreprises, rassemblements sportifs ou éducatifs, conférences ou universités en 1992, il a fait depuis plus de 3000 présentations à travers le Canada et 40 états américains. Son crédo est de créer une « school spirit » ou esprit d’école ou d’entreprise. A travers ses expériences personnelles d’adolescent très timide ayant réussi à se révéler à travers le sport et des activités de leardership*, très en vogue ici et aux USA, il raconte comment grâce à quelques principes simples, les enfants et adultes peuvent créer une culture de l’école, être plus impliqués, plus présents et prendre leur scolarité et leur vie en main. Il adapte ses présentations à la spécificité de chaque établissement ou organisme, il est très drôle et expressif et sait s’adapter au public devant lui. Et ça marche, après une heure de « show » entre ton humoristique, ton solennel et sérieux, plaisanteries, anecdotes, jeux, applaudissements, slogans, chants, tout le monde est ressorti avec le sourire aux lèvres et la pêche ! Bon, j’avoue, je suis bon public et je ne suis pas sûre que devant une assemblée de professeurs ou élèves du 93 ou d’infirmières au bout du rouleau, il aurait le même impact…quoique, le team-building et la culture d’entreprise ça marche plutôt bien en France…Alors pourquoi ne pas l’adapter aux écoles et organismes publics, cela ne peut pas faire de mal, hein ??
Il a un site très chouette, avec plein d’idées que l’on peut appliquer facilement.
*le leadership dans les établissements scolaires et universités est un terme difficile à traduire en français, car il n’existe pas vraiment dans ce contexte, même si certaines actions sont mises en place dans ce sens en France dans les collèges, lycées et universités, mais de manière encore trop ponctuelle. C’est l’idée de donner des responsabilités aux élèves dans un établissement pour donner l’exemple aux autres et aussi développer des compétences de management, organisation et position de leader. Le leadership est notamment récompensé lors d’obtention des bourses universitaires, cela fait systématiquement partie des critères d’attribution.