A notre arrivée au Canada, lundi, nous avons pu voir du ciel que le Nouveau Brunswick s’était recouvert de son manteau neigeux, épais de quelque 10 centimètres ici à Moncton. Depuis notre installation au Canada, nous n’arrêtons pas d’entendre que le mois de janvier est terrible, froid, glace, neige, tempête, coupures d’électricité, snow days, pluie verglaçante, bref, tout ce que l’on imagine de l’hiver canadien…Mais, bon là, on est mi-janvier et moi, pour l’instant je n’ai rien vu de quoi impressionner les isérois que nous sommes…Un tempête était bien annoncée ce mercredi et effectivement les écoles sont restées fermées, mais bon, pour nous, il s’agissait d’un jour de neige normal, 10 à 15 cm, pas plus. Nous avons donc bien apprécié notre deuxième « snow day » qui nous a permis de nous remettre de notre arrivée sur les chapeaux de roue… Ce week-end, à nouveau, une alerte était lancée par météo Canada…Peut-être allions-nous voir enfin notre première tempête de neige??? Eh bien, là on est dimanche 16 h et oui, il y a bien eu du grésille et la neige est tombée toute la journée, mais bon, rien de spectaculaire, sinon que les températures sont passées vendredi matin de -15 à 10 °C hier, pour redescendre en dessous de 0 aujourd’hui. Et encore -15, annoncé avec un ressenti de -20, pfff, pour moi, c’était un ressenti -5 °…Bon là, je vais commencer à croire que tout ce que l’on nous a raconté sur l’hiver au Canada est faux, en tout cas dans le sud du Nouveau Brunswick…Mais bon, je vais attendre la fin du mois de février avant de tirer des conclusions trop hâtives…
Ce dimanche 12 janvierLa route devant la résidence, rien d’exceptionel, hein? Un soir de la semaine…
Dans quelques jours nous serons en France pour les vacances, en cette fin de trimestre et d’année, il est temps de faire un premier bilan de notre expatriation canadienne…
La vie au quotidien:
Après une arrivée sur les chapeaux de roue et beaucoup de tracas administratifs, des heures d’attente à la frontière américaine ou dans les bureaux de l’administration pour régler toutes les modalités administratives qui d’ailleurs ont failli avoir raison de moi tellement les démarches sont compliquées et fastidieuses et l’approche différente de ce que nous pouvons connaitre en France, on peut dire, après avoir franchi toutes ces étapes, que le rythme de vie canadien est plutôt relax! Pas de stress, pas de pression inutile, les journées de travail sont moins longues dans l’ensemble, le sport et la nature font partie du quotidien, pas de bouchons ou d’endroits surpeuplés, pas de pollution sonore ou autre, des magasins ouverts tard le soir et le dimanche( c’est plutôt pratique!). Côté finance, c’est carrément intéressant, la vie est ici 20 à 30% moins cher dans l’ensemble dépendant des produits. L’essence est à 80 centimes le litre( en euros, mais attention les voitures peuvent consommer énormément, jusqu’à 20 l/ 100! Ils ont encore des efforts à faire à ce niveau là!), le prix des maisons est vraiment intéressant, tu as une maison neuve mitoyenne, déco moderne et cuisine équipée pour 200 000$ environ dans un quartier résidentiel, cela fait grosso modo moins de 150 000€ et ici tu n’as besoin que de 10% d’apport. Par contre les loyers sont chers et il a peu d’offre( pour l’instant car cela construit de partout!), l’assurance voiture est aussi la mauvaise surprise, ainsi que les forfaits internet et mobiles.( autour de 50 à 100$/ mois).
Le climat :
C’est la très bonne surprise, ici rien à voir avec ce que l’on imagine en Europe!
Ok, je pense qu’ au Nord du pays, Il y a des conditions extrêmes, mais ici au NB c’est franchement très correct, moi j’adore la météo pour l’instant, beaucoup de soleil, jamais de brouillard, des journées de pluie intense certes, mais quelques fois seulement par mois et le soleil revient vite. Côté neige pour l’instant, 2 épisodes neigeux avec 10 cm maxi seulement, le gros arrive soi-disant de janvier à mars, mais j’attends de voir.. Ici ils disent que c’est terrible, mais les connaissant maintenant, je ne sais pas si ce n’est pas un peu exagéré…Les températures pour l’instant ça va, des grands écarts d’une journée à l’autre, on peut passer de -10 à 12 en une journée! Le plus bas pour l’instant -13 et pour la montagnarde que je suis, ben franchement c’est rien, car le ressenti n’est pas du tout le même, c’est un froid maritime et non sec comme près des montagnes. -13 équivaut à -2/3 pour moi, alors il me font bien rire, quand ils sortent leurs bottes de neige ou pantalons de ski quand il fait en dessous de zéro..Non franchement, je trouve la météo mieux que dans mon Nord Isère😇..J’adore les journées de soleil, la luminosité est incroyable et les lever et coucher de soleil à couper le souffle. J’ai hâte aussi de faire des raquettes, ski de fond et chiens de traîneau dans le parc à côté de chez moi et d’aller au ski dans les monts à 1 h d’ici par de belles journées ensoleillées et enneigées!
Les canadiens:
Ils sont à l’image de leur réputation, gentils, souriants, aimables, détendus et je suis toujours surprise quand la caissière du supermarché, alors que je ne l’ai jamais vue, me dit: alors tu vas bien aujourd’hui? C’est vrai, tu ne vois pas de gens qui font la tronche, qui s’énervent en public( quoi que j’ai été surprise d’en voir quelques uns quand même en voiture ou dans une file d’attente, mais cela reste occasionnel), qui sont condescendants ou sarcastiques, c’est une ambiance plutôt bon enfant, mais je mettrais quand même quelques bémols…Peut-être que c’est spécifique au Nouveau Brunswick, mais je trouve qu’il y a encore beaucoup l’esprit » bucheron » chez certains hommes surtout au volant de leurs monstres de pick-up, et d’autant plus dans les zones rurales, comme celle où j’enseigne. Je trouve aussi qu’il y a aussi encore la peur de l’étranger et une forme de racisme qui existe surtout envers la nouvelle vague d’immigration venant des pays africains francophones, de la Syrie, de l’Inde et de l’Asie mais aussi des francophones vers les anglophones et vice-versa. Il faut dire que les stigmates de l’histoire acadienne et canadienne sont encore bien présents ici, on m’a dit que dans les années 1970, on ne pouvait pas parler français dans les rues de Moncton, c’était tabou, les gens ne devaient le parler qu’à la maison… Quand on sait qu’il existe encore une association des droits des anglophones encore aujourd’hui, cela en dit long sur la société néo-brunswickoise… J’ai dû moi aussi dans une certaine mesure me faire accepter par mes élèves dans mon petit village rural anglophone et conservateur. Même si heureusement il y a des gens évolués, ouverts et modernes, il y persiste encore cette ambiance « Amérique profonde » où l’église y joue un rôle très important, où les réverends ont encore une emprise sur la vie quotidienne des gens et sermonnent, où beaucoup de sujets sont encore tabous. Cela a été un choc culturel à ce niveau là pour moi, je ne pensais pas trouver cette mentalité ici au Canada et je dois apprendre à faire avec, même si cela m’exaspère…Après avoir vécu dans un pays musulman, où tu t’attends à certaines barrières culturelles, je dois dire que je suis surprise et je réalise que le poids de la religion est encore bien présent partout. Et c’est aussi la même chose dans le pays voisin…
Côté cool attitude, je dois dire aussi qu’elle a ses limites, ou peut-être est-ce ma vision cartésienne et européenne, mais je trouve que les canadiens et je le vois dans les classes tous les jours, ne sont pas assez résilients, ils ne vont pas au bout des choses et ne se mettent aucune pression, ni dans leur travail, ni à l’école, peut-être seulement dans le sport… Peut-être que c’est eux qui ont raison, en tout cas, tu ne vois pas beaucoup de gens surmenés ou stressés par le travail, ou pressés par la hiérarchie. Tout peut-être remis à plus tard( je le vois tous les jours avec mes collègues!), quand je pense à la vie parisienne ou citadine en France, on est très loin de tout cela… Et enfin, un dernier point sur les canadiens, leur sensibilité et tendance à être dans l’émotion constamment, tout semble être vu sous le prisme de l’émotion et pas toujours de la rationalité et du bon sens, un petit mot, un évènement anodin, une petite dispute peuvent prendre des proportions importantes…Peut-être que leur système éducatif scolaire leur a justement appris à laisser aller leurs émotions et à s’écouter…peut être un peu trop…
Le système scolaire, côté enfant :
J’ai beaucoup parlé plus haut du système scolaire côté prof, mais pas encore du côté de mes enfants. Comme je viens de le dire, le manque de résilience et la tendance à s’écouter un peu trop se retrouvent dans les classes et les enfants ne font pas beaucoup d’efforts pour apprendre et approfondir, » c’est trop dur », j’entends souvent. Ils préfèrent le ludique, c’est sûr, car l’approche éducative dès le plus jeune âge est essentiellement ludique! De plus, le système scolaire ne met pas l’accent sur la connaissance vraiment ici, mais plutôt sur la socialisation, comme beaucoup de pays anglophones d’ailleurs. Alors, je dis aux parents français qui veulent toujours remplir plus la tête, déjà bien pleine de leurs progénitures et trouvent qu’ils n’apprennent pas assez à l’école, ne venez pas au Canada! Ici finir le programme n’est pas une angoisse, avoir de bonnes notes non plus, avoir beaucoup de devoirs à faire le soir(sinon le prof n’est pas un bon prof), encore moins…Du coup, oui pour les petits français, comme mes enfants qui ont toujours connu notre système, le changement est surprenant. Ils trouvent que cela ne va pas très vite dans les cours, il n’y a pas de copie de cours, des leçons avec petit 1, petit 2, petit 3 à recopier, les cahiers ne sont pas bien tenus et ce n’est pas la priorité, l’accent n’est pas non plus mis sur la culture générale et c’est vrai qu’ils ne connaissent pas grand chose du monde…Le sport a aussi quasiment autant d’importance pour développer d’autres compétences ainsi que l’engagement communautaire ou caritatif. J’ajoute aussi que tous les jeunes à partir de 14 ans ont un petit boulot après l’école. Encore une autre façon de voir les choses… Ceci dit, je trouve quand même que les cours à partir de la seconde, ne sont pas si légers, ma fille en douzième année( équivalent de la terminale) à des cours de sciences plus poussés et approfondis qu’en Term S en France. Le fait qu’il n’y ait aucune sélection de la maternelle à la terminale, ni d’écoles privées, toute la sociéte est représentée dans les classes, à cela s’ajoute l’inclusion scolaire depuis les années 90 avec des élèves ayant de lourds handicaps( elle est d’ailleurs pas mal critiquée cette inclusion par les parents et enseignants), du coup difficile d’avancer très vite dans les classes, il faut essayer d’adapter l’enseignement à tout ce petit monde et avant tout comme je l’ai dit plus haut créer des liens forts avec les élèves pour qu’ils se sentent en confiance. C’est seulement à partir de la seconde que les élèves peuvent choisir des matières phares et créer un parcours d’orientation plus ou moins élitistes. Les cours proposés dans les lycées vont de la cuisine à l’ébénisterie, en passant par la psycho et le droit. La selection se fait donc à ce moment et la spécialisation devient plus poussée car les lycéens ne choisissent que 4 à 5 matières. C’est les notes obtenues en contrôle continu en première et terminale dans chaque matière qui permettent de prétendre aux universités ou « colleges » et tout le monde obtient sa graduation( équivalent du bac). Si tu obtiens plus de 90 en sciences ou matières pointues, tu es considéré comme l’élite en quelque sorte et tu peux rentrer dans des universités prestigieuses. Pour entrer en médecine par exemple, il faut s’approcher des 95 %. Cette sélection me semble plus égalitaire finalement…
Enfin, les paysages…
C’est aussi la très bonne surprise, mais on s’y attendait un peu. Le Nouveau Brunswick est encore classé cette année parmi les 20 meilleures destinations de voyage et l’année dernière le Monde a classé l’Acadie comme première destination… C’est vrai, c’est grandiose, j’adore! La côte Atlantique, les forêts, rivières, lacs, les ponts couverts, la chaine des Appalaches et je n’ai encore rien vu! Le Nouveau Brunswick regorge de trésors, des stations de ski plus au nord aux ballades en moto des neige ou chiens de traineau, de la pêche au saumon ou au homard, aux sorties en catamarans à Shédiac ou bateaux pour observer les baleines à Saint Andrews, des cascades de St John aux gorges naturelles ou grottes marines, de la baie des chaleurs à la baie de Fundy, des randonnés en raquettes aux randonnés en bord de mer, que de choses encore à voir et faire! Et ce n’est qu’une seule province! Le Québec, l’île du Prince Edouard, la nouvelle Ecosse voisins ont aussi leurs secrets bien gardés…
Il faudrait rester encore plusieurs années je pense pour voir tout cela…
Et après ce bilan plutôt positif, quelques points négatifs de l’expatriation : la famille et les amis qui nous manquent et aussi les repas de famille et entre amis, la nourriture, le fromage, le pain, les desserts, le chocolat, les belles boutiques du centre ville et tout le raffinement à la française, les veilles pierres et monuments historiques…Mais je crois que la liste des choses qui ne nous manquent pas est encore plus longue…
Voilà presque 4 mois que je suis professeur dans une école anglophone canadienne et à l’heure du classement PISA encore peu encourageant pour la France cette année et des articles encore plus déprimants sur le système scolaire français, je me dis que peut-être le système canadien peut proposer des pistes de réflexions à notre système à bout de souffle… Je n’ai pas encore étudié toute la question, mais voici déjà quelques points positifs et aussi quelques uns négatifs( pas beaucoup finalement!) sur ce fameux système scolaire canadien, réputé pour faire parti des meilleurs au monde!
Tout d’abord, comme dans la plupart des pays anglophones, pas de concours ici pour devenir prof, mais des crédits à valider à l’université et une licence ou maîtrise, peu importe la discipline, ainsi qu’un certificat d’enseignant obligatoire dans toutes les provinces qui s’obtient en validant ses diplômes et des cours en pédagogie. Une fois obtenus, il faut passer des entretiens auprès des districts scolaires et être retenus. Certaines disciplines ici aussi souffrent d’une pénurie de professeurs: sciences, maths, français langue seconde, mais le système de suppléants est efficace et les absences de professeurs n’existent pas.
Il existe trois types de contrats: contrat de suppléant, contrat D, c’est à dire quasi permanent, sous réserve de bons et loyaux services pendant quelques années et B, temporaire et définitif. Ce sytème permet de » trier » les professeurs et finalement ceux qui obtiennent des contrats B ou D sont motivés et restent dans le système, les autres peuvent rester suppléants pendant des années…
Une fois en poste, il existe tout un système pour vous accompagner tout au long de votre carrière : il y a en effet des formateurs dans chaque discipline qui suivent les professeurs individuellememt si le professeur est nouveau ou si il éprouve des difficultés. Ils viennent dans les classes faire de la co-animation ou viennent vous aider à préparer vos cours, c’est un vrai travail d’équipe et non une évaluation de vos compétences. Tout est mis en oeuvre pour que l’enseignement et l’apprentissage se passent au mieux. Il y a également beaucoup de journées de formation tout au long de l’année, soit dans la discipline enseignée, soit sur des domaines plus généraux comme l’évaluation ou la pédagogie. Je crois que j’ai dû déjà avoir plus d’une dizaine de jours de formation depuis le début de l’année. Aller en formation ne présente pas de problème puisque nous avons un remplaçant qui prend en charge nos classes pendant nos absences.
Le système de remplaçant est plutôt efficace, il existe une réserve de professeurs remplaçants enregistrés auprès du district et ils doivent surveiller la plateforme où l’on enregistre nos absences et ils répondent aux offres en quelque sorte. Le remplaçant n’a rien à faire puisque nous préparons les cours pour chaque classe il n’a qu’à suivre les instructions. J’ai recontré des remplaçants qui m’ont avoué préféré être remplaçant que professeur attitré, car la paie est plutôt bonne, les engagements et le travail de préparation et de suivi en moins… Les avantages sont cependant moins intéressants que ceux des professeurs titulaires.
Côté avantages financiers, il y en a beaucoup! Le salaire tout d’abord est plus élevé que la moyenne des salaires dans certaines provinces, dont le Nouveau Brunswick. Le salaire de base est plutôt attractif, autour de 50000$ brut par an pour arriver à autour de 90 000$ après 15 ans d’ancienneté. Au bout de 10 ans, on atteint déjà quasiment l’échelon maximum, il faut attendre plus de 20 ans en France! L’experience d’un professeur venant d’une autre province ou pays ou d’un autre corps de métier en lien avec la discipline enseignée est prise en compte et validée par le ministère. Avoir une maîtrise est aussi considérée comme un bonus.
Autre avantage, les congés maladie: tu as droit à 1.5 jours par mois non justifiés et un jour dans l’année payé pour convenance personnelle quand tu as un contrat B. Finalement, tu te sens moins coupable de prendre des congés, sachant que c’est un droit et que tu es remplacé, et finalement il n’y a pas d’absentéisme de complaisance à outrance, comme j’ai pu le constater en France! Tu as droit aussi à une mutuelle de qualité( tous les soins naturels, massages et autres thérapies naturelles sont remboursés à 80%, ainsi que tous les soins généraux!), un système de retraite par capitalisation aussi de très bonne qualité, d’après ce que l’on m’a dit, car je n’ai pas eu encore le temps de me pencher sur la question. Chaque enseignant ou membre du personnel scolaire fait parti d’un seul et unique syndicat, qui s’appelle ici plutôt une association et qui défend les droits des enseignants de manière plutôt individuelle et sous forme de soutien et travaille en collaboration avec le ministère autour des questions des programmes, des apprentissages, du bien-être des élèves et du personnel, j’ai bien dit en collaboration! D’autres avantages aussi, l’ordinateur et la tablette pour chaque enseignant, le droit de prendre une année sabbatique payée tous les 5 ans avec un projet précis, et certainement encore d’autres que je ne connais pas encore! Les possibilités de promotion sont également très variées au sein des districts, on considère que tu es très polyvalent, donc on peut te demander d’enseigner n’importe quelle matière, mais aussi tu peux très vite changer de fonction, devenir conseiller d’orientation, principal adjoint ou principal, formateur, responsable informatique, professeur ressource…Il y a par exemple des professeurs que j’ai rencontrés cette année qui étaient principaux l’année dernière et qui cette année ont complètement changé de poste, pourquoi pas, cela fait des enseignants beaucoup moins frustés et aigris. D’ailleurs, pas du tout le même discours et ambiance dans la salle des profs, ce n’est pas le monde des bisounours non plus, car il y a des problèmes aussi et des désaccords, mais il n’y a pas cette ambiance plombante, car tout le monde est plutôt content d’être là à sa place!
Car ici, tout tourne autour de la question du bien-être au travail et aussi le bien-être des élèves. La santé mentale et la santé en général est une problématique récurrente. Nous avons même une appli qui répertorie le temps que nous avons passé en dehors du temps de travail à envoyer des mails, chaque mois tu reçois le compte rendu de à qui tu as écris et tous les jours où tu as travaillé en dehors de tes heures de travail! Et l’appli te dit de faire attention! Impensable, en France! Il y a aussi du personnel dans chaque district et école responsable du bien-être du personnel, tu reçois des conseils régulièrement sur comment gérer ton temps de travail, ton budget, tes activités…Le comité dans mon école, organise une fois par moi, une journée café et gateaux pour le personnel, il organise aussi une tombola chaque semaine pour gagner du cash et offre des cadeaux lors des occasions, un peu notre amicale des enseignants en France, mais plus officielle, il propose aussi des avantages, comme prendre une après- midi par an quand tu veux! Car être absent, n’est pas vraiment un problème ici…Il y a beaucoup plus de personnel à disposition, et on peut te proposer de venir prendre ta classe pendant quelques heures si tu as d’autres tâches à effectuer ou si tu as besoin de faire un break , il y a aussi des assistants, des AVS en quelque sorte qui peuvent venir d’accompagner dans les classes à effectif plus important ou avec des élèves à profil particulier. Tu peux donc avoir dans la classe, 2 ou 3 adultes en plus, soit des AVS pour un élève en particulier, soit des AVS pour t’aider à gérer la classe! Et c’est sûr, on se sent tout de suite beaucoup moins seul que dans nos classes en France face à 30 ou 35 élèves!
Les effectifs sont aussi plus réduits, faibles dans mon école, 12 à 20 élèves/ classe, plus élevés en ville, le maximum était 29 ici au Nouveau Brunswick et ce nombre n’est jamais dépassé, c’est la loi et elle est respectée!
Côté, travail au quotidien. Un professeur doit être présent dans l’établissement 20 à 30mn avant le début et après la fin des cours, 5 jours par semaine. Les cours débutent entre 8h30 et 9h selon les écoles et finissent entre 2h30 et 16 h grand maximum, car ici à 17 h tout le monde rentre à la maison( même les salariés!) Il y a en général, 4 cours le matin de 40 mn à 1 h, et 2 l’après-midi, mais le professeur a droit à un cours de préparation par jour, inclu dans son emploi du temps. Tu as aussi ta salle attitrée qui est même très personnalisée pour certains professeurs, avec photos de famille, plantes vertes, cafetière… Du coup, tu as peu de travail à faire à la maison et ce n’est pas dans les habitudes de professeurs non plus ici. Les programmes sont très prescriptifs ici, les activités pédagogiques possibles y sont décrites, certains programmes proposent même le cours prêt à l’emploi avec ce que le professeur doit dire! Je vois certains de mes collègues me retorquer, oui mais ta liberté pédagogique alors? Ben, je ne trouve pas que d’avoir des cours tout prêts soit un obstable, car tu peux quand même y apporter ta touche personnelle et en tout cas c’est très rassurant pour les nouveaux enseignants et surtout les contenus sont toujours justifiés par des recherches en pédagogie et tout cela est très cohérent. Car finalement avec nos manuels laissés au libre choix des équipes et coûtant très chers, sans forcément de contenu pertinent( d’ailleurs souvent laissés moisir sur des étagères), nos contenus pédagogiques peuvent être très différents d’un enseignant à un autre, d’un établissement à un autre et cela crée beaucoup d’inégalités, on le sait! Ici, tout le monde suit le même contenu!
Côté évaluation, moins sommative ici et moins régulière car tu es censé faire de l’évaluation formative régulièrement, c’est à dire, avoir des preuves de travaux ou produits, sans qu’ils soient forcément des tests d’évaluation. Pas de conseils de classe ici non plus et une demi-journée vaquée pour préparer les bulletins. Réunions de parents un soir et une matinée vaquée par trimestre, au bout de 2h 30 de réunion, il y a un appel du principal disant que c’est terminé, que les professeurs doivent rentrer chez eux!
Bon, j’aurais encore beaucoup à dire sur le système, notamment les relations avec les parents et les attentes en matière de relation entre enseignant et élève qui sont à l’opposé de nos habitudes françaises. Ici, les professeurs sont formés autour des notions de construction de liens et de relations avec les élèves, du respect de la dignité des élèves, de pédagogie et renforcement positif( » positive reinforcement »), c’est à dire et les recherches le prouvent que si tu n’établis pas de relation avec tes élèves, aucun enseignement est possible, que tout est dans la prévention des conflits en s’appuyant sur ces liens et le dialogue et non sur la punition. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de punition, mais elle est utilisée en dernier recours, quand tout le reste a été mis en place et n’a pas fonctionné…A méditer!
Pour les points négatifs, pas beaucoup, tu l’as compris…mais quand même, les vacances, moins bien reparties qu’en France, aucune de septembre à décembre( quelques longs week-ends par ci, par là), 15 jours à Noël, 1 semaine début mars, fin des cours le 23 juin pour les professeurs( autour du 15 pour les élèves) quelques longs week-ends en avril et mai et les fameux snow days en janvier et février, que certains parents commencent à critiquer, car aucun risque n’est pris, les bus scolaires étant peu adaptés à la conduite sur la neige et certaines fermetures ne sont pas vraiment justifiées!
Autre point, les « duties ». Comme il n’y a pas de surveillants, les professeurs doivent participer à la surveillance des élèves à la récré, les couloirs, la caféteria, l’arrivée et départ des bus. Un jour sur deux, ou une semaine sur deux, tu as 2 duties dans ton emploi du temps. Moi, c’est la récré( qu’il pleuve ou neige, mais finalement depuis le début de l’année, une seule récrée a été faite à l’intérieur) et le départ des bus à 14h50.
Les matinées ou après-midi de libre( pour quelques rares enseignants privilégiés, journées de libre!) que certains enseignants peuvent avoir dans lors EDT( je dis bien certains, car tout dépend du principal ou proviseur que tu as en France) me manquent aussi un peu, mais finalement, comme tu peux prendre des rendez-vous médicaux ou démarches administratives importantes sur tes heures de cours et que tu peux te faire remplacer, que l’on finit assez tôt, et que les journées sont moins intenses, cela compense, c’est juste un autre rythme à prendre.
L’administration s’attend aussi à ce que tu t’investisses dans les clubs et activités sportives de l’école. Ce n’est pas vraiment un inconvénient, mais cela peut représenter beaucoup de temps après l’école, le soir ou les week-ends si il y a des compétitions. J’ai des collègues qui donnent beaucoup de leur temps pour le hockey, le foot ou le théâtre, c’est plutôt les jeunes profs en général. Moi je m’occupe du club de théâtre avec ma collègue une après-midi par semaine. Certains ne font rien, mais en général cela fonctionne plutôt bien, car c’est dans la culture scolaire, les enseignants ont vécu cela quand ils étaient eux-même à l’école.
Pour continuer avec les habitudes dépensières des canadiens, voici un autre aspect : le fund-raising ou la levée de fond. C’est incroyable le nombre d’évènements ici pour récolter des fonds pour toutes sortes d’associations. C’est un budget conséquent pour le contribuable qui peut vite s’élever à des centaines d’euros par mois si l’on est généreux. Je dirais que cela peut représenter 50 $/ mois en moyenne. Quasiment, tous les jours, il y a un évènement et en général, la récolte de fonds est synonyme d’amusement ou d’entrave à un règlement. Par exemple, dans mon école, tous les vendredis un de mes élèves fait le tour des classes pour ramasser 2$ si les professeurs portent un jean ou veste en jean, c’est jeans day! A l’école des enfants, cette semaine, il y avait une récolte de fonds pour l’association l’Arbre de l’espoir, oeuvrant pour la recherche contre le cancer, le principal adjoint avait annoncé que si l’école récoltait une certaine somme, il se raserait la tête…Ce qu’il a fait devant tous les élèves, ce vendredi, dans l’atrium!!! Dans le même genre, un chanteur acadien populaire ici qui avait une barbe depuis 30 ans a également fait raser sa barbe devant tout un public, car l’association qu’il soutenait avait remporté 250000$…
Il y aussi des marches dans les écoles organisées sur les heures de cours, les élèves peuvent y participer moyennant 1 ou 2$. Ma collègue, qui s’occupe du club de théâtre et qui a besoin de fonds pour emmener le groupe au concours de théâtre provincial en mai, propose régulièrement » hat day » les élèves peuvent garder leur casquette ou bonnet toute la journée si ils donnent 1$. J’ai entendu également à la radio cette semaine, qu’un des terrains de football américain de Moncton était inutilisable, alors on a organisé une levée de fonds. La liste est longue d’animations en tout genre. C’est clair que c’est tout bénéf pour les collectivités locales… Bref, encore une autre façon de voir les choses.
Par ailleurs, comme je le disais plus haut, on reçoit aussi de l’argent plus facilement. On peut gagner facilement du cash en utilisant sa carte de crédit, on reçoit également des bons d’achats de sommes intéressantes( 30, 50, 70, 100$). Par exemple, lorsque j’ai fait installer mes pneus neige, j’ai gagné un bon d’achat de 70$ à dépenser dans le magasin, et hier encore 30$ car j’avais acheté pour plus de 150$. En tant que nouvel enseignant à l’école, on m’a offert un bon d’achat de 50$ pour Noël, et le district offre un IPAD à tout nouvel enseignant, ainsi qu’une journée libre payée pour préparer ses cours… Les professeurs reçoivent également de l’argent de la part des parents d’élèves dans des enveloppes, je trouve cela très gênant, mais c’est ainsi. Nous avons quand même reçu un mot du proviseur des enfants, en disant qu’il ne fallait pas remettre de l’argent aux professeurs…Ce que je trouve très bien!
C’est la philosophie de la pédagogie positive appliquée à toute la société…
Toujours pas de neige! De toute façon les gens ici disent que la neige ne tient pas avant Noël. Encore de belles journées ensoleillées, il ne fait pas froid non plus, car un -10 ° ici, n’est pas du tout le même ressenti que dans notre contrée montagneuse, moins froid et piquant…Pas étonnant que la région s’appelle les Maritimes!
Le bord de mer en ce 1er décembre! Oui, oui c’est bien de la glace, sur le bord!
En cette période de préparation des fêtes de Noël, il fallait que j’écrive un petit post sur la conception canadienne et anglo-saxonne de la consommation…Encore un point de vue bien différent de notre conception européenne. Depuis, mon arrivée je suis confrontée à une situation ubuesque: je n’ai pas d’historique de crédit. Cela veut dire que les deux organismes de crédit qui traquent tous les consommateurs canadiens n’ont aucune trace de mes achats ici au Canada. Pas de trace, pas d’historique= pas de carte de crédit, pas de prêt voiture, pas de paiement en plusieurs fois, sans parler d’un prêt immobilier. Grosso modo, si dans ta vie, tu n’as pas fait de crédit à la consommation, on ne te fait pas confiance, on ne te prête rien et on ne te donne même pas une carte de crédit…Donc comme moi, tu tournes en rond et en plus on te répète constamment que tu dois te faire un historique de crédit…au secours! Help! Qui peut me sortir de cette impasse ridicule! Voilà deux fois que l’on me refuse de me donner une carte de crédit et là j’attends la réponse d’une autre banque qui soi-disant propose des cartes de crédit aux nouveaux arrivants, mais je le croirai quand je verrai ma carte dans la boite aux lettres…Comme je l’ai déjà expliqué ici, la carte de crédit ici, est différente de nos cartes bancaires, car tu peux payer jusqu’à 3000 ou 4000 dollars avec( seulement si tu as un bon historique de crédit !) sans que tu aies forcément l’argent, c’est un prêt à 22% que tu peux rembourser en un mois( sans frais) ou par petites échéances tous les mois. En fait, tout est fait pour que tu consommes le plus possible, tu peux même obtenir des points billets d’avion ou du cash( 1 à 3%) quand tu utilises ta carte de crédit… Bref, plus tu consommes, plus tu es bien vu, plus on te prête pour consommer…On comprend mieux comment certaines crises financières peuvent se produire.
Voilà pourquoi je n’ai toujours pas de carte de crédit et que j’ai dû acheter ma voiture cash. L’organisme de financement refusait systématiquement ma demande de financement. La comptable du garage où j’ai acheté ma voiture, m’a même raconté un cas, où une personne de 70 ans qui n’avait plus aucune dette, avait payé sa maison, avait un compte bien rempli, n’a pas pu acheter une voiture avec un financement, car elle n’apparaissait plus comme ayant assez d’historique de crédit…La comptable m’a aussi avoué qu’elle avait très souvent eu le feu vert pour financer des voitures à des personnes qui étaient en surendettement et qui ne pouvaient pas assurer le remboursement des échéances, mais tant pis, cela passait…J’imagine, qu’il y a un système bien ficelé derrière tout cela pour justement profiter de ses situations de surendettement. On comprend mieux comment est née la société de consommation sur le continent américain. Et aussi le stress des achats de Noël dont parlent mes collègues. Effectivement, beaucoup d’ enquêtes le confirment, Noël serait la période de l’année la plus stressante dans les pays anglophones… C’est la course aux cadeaux, les petits cadeaux dans les chaussettes et les gros cadeaux au pied de la cheminée, et pas 2 ou 3 cadeaux chacun, non des montagnes de cadeaux. Il faudrait qu’ils relisent un peu leurs classiques nos chers américains notamment la fameuse histoire du Grinch de Dr Seuss qui depuis 1966 est diffusée chaque Noël et dont les livres se vendent encore énormément. J’adore cette histoire, beaucoup plus jolie que les versions cinématographiques de ces dernières années.
Moi, en attendant, je ne vais pas me laisser gagner par cette frénésie, on profite encore de la météo clémente( toujours pas de neige ici, mais annoncée cette semaine…) et des bons côtés de la préparation des fêtes: les animations en ville, les patinoires installées dans chaque ville, les décorations étincelantes des maisons et magasins…Et on attend avec impatience notre retour, de pouvoir goûter à nouveau à la bonne cuisine française et nous retrouver tous en famille pour des fêtes qui s’annoncent hautes en couleur, puisque nous aurons des japonais parmi nous pour notre traditionnel repas de Noël cette année…
L’anneau de glace installé sur la place du marché de Dieppe, les gens viennent en famille avec leurs patins, moi je préfère regarder..Le défilé de Noël, samedi en fin d’après- midi entre Moncton et Dieppe, toutes les associations, écoles, entreprises qui le veulent peut avoir son char, il y a aussi les cadets de l’armée ou de la marine( très populaire ici) qui défilent en uniforme et en fanfare.
Nous avons profité du week-end de la journée du souvenir pour passer deux jours à Halifax. Notre première visite furtive nous avait vraiment plu et nous avions envie d’en voir plus. Même s’il avait beaucoup neigé la veille, la météo annoncée était plutôt clémente et les routes assez bien dégagées…Je dis assez bien, car je ne trouve pas que le service de déneigement soit aussi efficace qu’on le pense. D’un, pour quelques centimètres, ils ne prennent pas la peine de sortir et de deux, quand le chasse-neige passe, je trouve qu’il reste encore beaucoup trop de neige sur les voies en ville et sur l’autoroute aussi! Bref, on verra bien au creux de l’hiver, mais je pense que cela va être très sportif de faire 100 km par jour même avec les pneus neige..
Pour revenir à Halifax, c’était aussi la dernière sortie éloignée de Moncton, avant l’hiver, car avec la description de l’hiver qu’on me fait, je ne préfère pas m’aventurer trop loin avant mars…L’hibernation a du bon aussi!
Même si Halifax n’est qu’à 2 h 30 de Moncton, le climat y est différent, la température beaucoup plus clémente et il n’y avait peu de trace de neige, il faut dire que la Nouvelle Ecosse est presqu’une île quand on regarde la carte.
C’est une ville de 450000 habitants, résolument tournée vers l’océan et l’Europe par son histoire et son économie. Elle est aussi très britannique dans son architecture et sa culture. Même si la Nouvelle Ecosse a appartenu aux français pour un temps au 18eme siècle, les britanniques ont fini par l’annexer suite à de nombreuses batailles sanglantes et aujourd’hui on se croirait dans une ville du Royaume-Uni. C’est une ville et un port à l’histoire tourmentée et mouvementée. Tout d’abord avec l’île St George au milieu de la baie où les acadiens ont été torturés et déportés dans vers la France ou les colonies américaines, puis le port qui a vu un nombre de naufrages incroyables, dont la catastrophe de l’explosion du navire le Mont Blanc chargé de munitions en partance pour l’Europe en 1917 dont j’avais parlé plus haut et le sauvetage du Titanic, car c’est de Halifax que sont partis les secours cette fameuse nuit du 14 au 15 avril 1912. Nous avons pu cette fois visiter le musée de la marine dont une partie est consacrée au sauvetage du Titanic et des jours qui ont suivi. Quand on regarde la carte, l’épave se situe finalement assez proche de Halifax. Si le musée du Titanic de Belfast retrace le côté doré de la traversée, les fastes et la réussite des compagnies maritimes White Star line et Cunards le musée de Halifax est beaucoup plus sombre et même dérangeant. Même si l’exposition est relativement petite, j’ai dû abréger ma visite car je me sentais mal et la nausée me guettait…Voir ces objets ayant appartenu à des bébés, ou ces photos des nombreux corps repêchés les jours qui ont suivi le naufrage ou encore des témoignages des survivants, bref cette histoire reste bouleversante, même après toutes ces années.
L’île Saint George
Le musée relate également, le nombre important d’épaves qui se trouvent dans le port ou au large. Il ne faut pas oublier non plus, que le port était la seule porte d’entrée du Canada au 19eme siècle et tout comme Ellis Island à New York, le Canada a aussi son »pier 21″, sa jetée, où ont accosté des milliers d’immigrants.
La ville est aussi très fière de sa citadelle, décrite comme l’un des plus grands trésors de l’histoire du Canada, bon, on retrouve bien dans ces termes le chauvinisme anglo-saxon, parce que franchement, elle n’a rien à envier à nos magnifiques citadelles, je pense à l’ingénieuse et incroyable citadelle de Besançon par exemple…
Le centre ville de Halifax est intéressant par son mélange d’architecture moderne et ancienne et sa longue promenade en bois le long du port, certainement très animée l’été au vu du nombre de restaurants et d’animations proposées. C’est aussi un point de passage obligé si l’on veut découvrir les belles plages et côtes du sud de la Nouvelle-Ecosse. Encore des lieux à ajouter à ma liste…
La rue Queen dans le centre ville
Et pour finir, nous avons appris que ce mecredi 13 novembre, Halifax accueillait, ni plus, ni moins que l’ancien président des USA, Barack Obama, pour une conférencen à guichet fermé( les 9000 places se sont vendues en juin en 20 minutes…) Après Vancouver, Calgary et Montréal, le président avait finalement accepté l’offre du conseil des associations pour venir parler de son parcours et partager ses idées. Une partie des billets d’entrée avait été offert à jeunes ou étudiants méritants. C’est la deuxième fois, après Kuala Lumpur, que je me trouve dans un endroit où Obama se rend…peut être que la prochaine fois, je pourrai le rencontrer!
C’est ainsi qu’on appelle le 11 novembre au Canada qui ne commémore pas seulement la fin de la première guerre mondiale mais toutes les guerres dans lesquelles les soldats canadiens sont intervenus et on peut dire que l’on oublie un peu l’effort de guerre de nos alliés canadiens en Europe… Et ici, on ne rigole pas avec le jour du souvenir. Depuis quelques jours on a vu apparaître des petits stands tenus par des anciens combattants ou des jeunes vendant le petit coquelicot rouge(la fleur qui ne meurent jamais sur les champs de bataille) emblème des commémorations du souvenir dans les pays anglophones. On a vu également beaucoup de personnes arborer ce symbole que l’on doit épingler à gauche, sur le coeur. En France, c’est le bleuet que l’on utilise, mais il me semble que cette tradition se perd un peu. Je me souviens d’un temps où petite, je vendais des autocollants avec des bleuets lors de la cérémonie du 11 novembre sur la place de mon village avant le discours de mon grand-père, maire à l’époque…
Dans les écoles, des cérémonies ont lieu, un peu moins protocolaires du côté des écoles francophones, mais plutôt très formelles dans les écoles anglophones comme la mienne. On retrouve le goût pour protocole des anglais… A 10 h, tous les élèves avaient rendez-vous dans le gymnase avant l’arrivée des « officiels » pour qui on avait déplié le tapis rouge. Une fois les élèves installés, les invités ont pu entrer avec Mme le proviseur sur son 31. Il y avait des vétérans, des anciens combattants qui restent très actifs dans la communauté avec un bâtiment qui leur est dédié dans chaque ville et village et qu’on appelle la légion, le révérend( eh oui pas de laïcité ici…), le maire, le chef des pompiers, 3 représentants des élèves et des professeurs. Un petit monument aux morts démontable avait été installé au centre avec le nom des vétérans depuis la première guerre mondiale, des élèves engagés dans des activités citoyennes l’entouraient, pendant que d’autres sont entrés avec les différents drapeaux( le Canada, l’Union Jack, celui du NB et de la ville). La petite fanfare des élèves a joué l’hymne national. S’en est suivi le discours de Mme la proviseur, la bénédiction du révérend( au début et à la fin de la cérémonie), puis le discours d’une enseignante du primaire dont les parents néerlandais ont immigré au Canada dans les années 80 et qui a lu des passages du témoignage de son grand-père prisonnier pendant la deuxième guerre mondiale. Les élèves de 4eme ont tous récité le célèbre poème du soldat canadien John McCrae, In Flanders’ Fields qu’il aurait écrit pour la petite cérémonie funéraire improvisée pour son ami mort au combat lors de la bataille de Ypres en Belgique.
Le professeur de musique a ensuite chanté avec quelques élèves Hallelujah de Leonard Cohen, des enfants du primaire ont également chanté, puis une vidéo rappelant toutes les guerres depuis 1914 a été diffusée. Avant de clore la cérémonie, des gerbes( en plastique, bien moins jolies que les nôtres..) ont été déposées sur le petit monument aux morts par des représentants de la légion, le révérand, 3 élèves, 3 professeurs et les noms des victimes de Petitcodiac ont été lus. J’ai été surprise de voir la liste importante des victimes de la première guerre mondiale( village qui compte environ 1400 habitants aujourd’hui).
Dessins des élèves.
Les élèves ont été très respectueux lors de cette cérémonie et leur sens du protocole me fait sourire car bien souvent ils ne savent pas pourquoi ils doivent se souvenir…Ils ne savent en effet pas grand chose des deux premières guerres mondiales, ont du mal à situer dans l’histoire, ont à peine entendu parler des tranchées et ne savent même pas où se situe le mémorial de Vimy…( En Allemagne ou Australie pour certains..) C’est vrai qu’ici il n’y a pas de cours d’histoire avant la seconde…Ils ont au collège une matière qui s’appelle sciences sociales( que j’enseigne en français pour certains, mais qui reste très générale). Cela a été pour moi l’occasion de faire un peu de culture générale, en présentant le mémorial avec des vidéos. Ce monument est surprenant, 27 mètres de haut(quand même) et la symbolique intéressante. Les 117 hectares où se trouve le site appartiennent au Canada, la France a offert ce bout de terre au Canada. Comme je l’ai dit à mes élèves, il y a un petit bout du Canada dans le nord de la France…Ce à quoi un élève m’a répondu: « mais ce n’est pas marqué sur la carte de France »…et un autre a fait remarquer également, sur le ton de la plaisanterie qu’il n’y avait pas un Tim Hortons’, en gros le Mac Donald canadien qui se trouve à tous les coins de rue et dont les canadiens sont très fiers…
Bref, je vais profiter de ce long week-end pour préparer une présentation sur mon arrière grand-père mort en 1917 dans les tranchées avec les quelques photos qui restent dans la famille, ils seront, je pense, intéressés.
Ce lundi auront lieu des cérémonies en ville, si la neige cesse de tomber…Elle a fait son apparition aujourd’hui, mais les gens d’ici disent que la neige ne reste jamais bien longtemps avant Noël, on verra…
C’est comme cela que les francophones l’appellent ici, l’Halloween! On dit que c’est aussi important que Noël, et c’est vrai qu’à voir l’engouement des petits et des grands, c’est une fête vraiment importante ici. Les décorations des maisons, la quantité de bonbons donnée aux enfants( certaines maisons peuvent recevoir jusqu’à 200 enfants dans la soirée!!), le nombre d’enfants dans les rues à la tombée de la nuit malgré la pluie, et l’excitation générale. On sent que les parents sont aussi enthousiastes que les enfants, certains sont même déguisés et se promènent dans la rue ou attendent les enfants derrière la porte d’entrée déguisés…C’est à voir!
Les parents suivent les enfants en voiture…Ici la rue Maurice, réputée pour donner le plus de bonbons, les enfants se passent le mot…
Mais qui se cache sous ce déguisement??
Dans mon école, il y a eu un concours de sculptures de citrouilles,
» carve for the cure » chaque classe en recevait une et devait la sculpter, le résultat est plutôt bluffant!…Ils ont de l’expérience les petits canadiens, que d’imagination! Les citrouilles étaient exposées dans la caféteria et chaque enfant devait donner quelques pièces aux citrouilles préférées, le tout pour une association qui a quand même récolté plus de 700$ ! ( pour environ 650 élèves du primaire au lycée).
Le lendemain, jour de la Toussaint, qui n’est pas férié ici, il y avait pas mal d’élèves absents, certains font jusqu’à 15 km pour aller chercher des bonbons jusqu’à 10 h le soir! C’est un jour un peu particulier, on sent la fatigue et certains élèves aussi étaient très contents d’annoncer le début de la saison de Noël. Notre principale nous a même fait un cadeau, puisqu’elle a décrété que les cours se termineraient à midi et qu’elle garderait les élèves dans l’amphi pour leur montrer un film, pendant que nous pouvions vaquer à nos tâches administratives, c’est juste incroyable! Je vois mes collègues de France probablement s’étrangler si on leur annonçait une telle nouvelle!!!
Nous avons eu encore de très belles journées ensoleillées et douces ces derniers jours et des couchers de soleil splendides, mais ca y est, on annonce les premières chutes de neige pour cette semaine…
La semaine sera écourtée puisque les enfants ont un long week-end de 4 jours, car les professeurs ont une journée de formation vendredi pour remplir leurs bulletins( eh oui, encore un avantage incroyable!) et pour la journée du souvenir( le 11 novembre) très marqué ici.
On peut dire que ce week-end je célèbre la fin des mes démarches administratives, tout du moins, des plus urgentes…Car après l’obtention du permis de travail, il a fallu s’inscrire:
1- A l’assurance maladie: les soins de base ici sont gratuits, comme en France, même pas besoin de faire l’avance. Par contre, comme de partout, il y a pénurie de médecins et de personnel hospitalier et il faut aussi avoir son médecin de famille attitré, il y a de longues listes d’attente pour en avoir un…Sinon, il faut aller aux urgences où l’on peut attendre jusqu’à 6 heures avant de voir un médecin, les urgences sont traitées en fonction de la gravité de votre état.
2- la mutuelle: je bénéficie de la mutuelle de l’association des professeurs du NB, pour environ 100€/ mois, j’ai une très bonne couverture pour moi et la famille. Tous les frais médicaux, non couverts par l’assurance maladie sont remboursés à 80%( lunettes, dents, hospitalisation) et le top du top…toutes les méthodes naturelles et massages détente ou thérapeutiques également. Ici, il y en a à foison, des ostéopathes, des naturopathes, acupuncteurs, masseurs thérapeutes…Vous imaginez bien que j’ai déjà essayé, et vraiment leur technique de massage est très efficace et sérieuse, c’est une vraie profession reconnue et je pense que l’on devrait faire la même chose en France, cela réduirait peut être la consommation de médicaments…Du coup pour 10€ de ta poche, tu peux faire n’importe quel massage et rien avoir avec les massages en institut chez nous, des vrais massages des muscles et tissus pour enlever les noeuds dans le dos, épaules, bras, pieds…A consommer sans modération…
3- le permis de conduire: avant de pouvoir acheter une voiture, il me fallait un permis de conduire du NB, que j’ai pu obtenir sur équivalence en montrant pour permis de travail et mon permis de conduire français fin septembre. Il a fallu ensuite trouver une voiture et je n’aurai jamais pensé qu’acheter une voiture ici était si fastidieux! Après avoir fait des recherches sur internet pour trouver des garages avec des occasions intéressantes, je me suis rendue à plusieurs endroits espérant obtenir un financement, mais malheureusement aucun garage n’a accepté de me financer car mon permis de travail est valablee qu’un an pour l’instant. On a dû donc faire un emprunt en France et faire transférer l’argent ici sur mon compte, ce qui n’a pas été simple..J’ai réalisé d’ailleurs que ma banque était archinulle dans la matière et suite à plusieurs soucis avec eux, j’ai décidé qu’après 25 ans à laisser mon argent chez eux, je vais aller voir ailleurs, non mais!
Il existe maintenant en ligne des sites qui vous permettent de faire des transferts de 4 à 5000 € pour une vingtaine d’euros et votre argent arrive en quelques heures. Je vous déconseille de passer par votre banque à moins qu’elle soit spécialiste dans la matière…Donc une fois l’argent arrivé, j’ai pu enfin acheter une voiture, c’était la semaine dernière, mais toutes les voitures que j’avais repérées étaient déjà vendues, alors j’ai pris ce qu’il y avait..Les voitures sont moins chères ici et plus grosses, mais il vaut mieux car entre la neige, les gros camions sur l’autoroute et orignaux et bêtes sauvages qui peuvent traverser à tout moment, mieux vaut être bien protégé… Par contre, je n’étais pas encore au bout de mes peines, car trouver une assurance pour ma voiture m’a pris encore une semaine…Les assurances ici sont exorbitantes si vous n’avez pas d’historique, d’ailleurs tout marche ainsi, il vaut mieux avoir un historique de crédit car on sait si vous êtes capables de rembourser, si vous n’en avez pas, c’est louche…Une autre façon de voir les choses encore…Bref, après avoir cherché toute la semaine et avoir eu de faux espoirs( j’avais trouvé une assurance qui voulait bien prendre en compte mon historique français, mais après lui avoir envoyé toutes mes preuves, et je ne sais quelle raison obscure, pour un petit accrochage sur un parking en France en février 2019, qu’elle a considéré comme accident), elle a refusé de m’assurer, dommage, car la différence de tarif est énorme. Aie, aie, c’est la mauvaise surprise! Les tarifs pour un an si tu n’as pas d’historique s’élèvent autour de 2500 à 4000$ / ans!!!! Au secours! Je vais payer 238$/ mois, ça fait mal…Si mon historique avait été accepté, je n’aurais payé que 100$ environ par mois. Chaque année, les tarifs sont ajustés en fonction de ta bonne conduite ou pas…
J’ai fini par trouver une assurance grâce à Costco, l’équivalent de Métro en Europe. Tout le monde m’en a parlé ici, si tu es membre, tu as droit à tes tarifs très avantageux, dans les supermarchés, mais aussi, en matière d’assurance, de voyages, d’éléctronique, d’essence, de pneus, tout le monde va à Costco, c’est l’endroit où il faut être…Donc, je suis aussi devenue membre de Costco aussi and Costco saved my life! 😉
Me voilà donc propriétaire d’une belle voiture, prête pour faire des kilomètres pour le travail et les road trips…
Voilà, pour le chapître des démarches, je vais plus avoir besoin maintenant de courir tous les après-midi après l’école pour trouver des renseignements et accomplir des démarches et profiter de la piscine à 2 minutes d’ici et m’inscrire aux cours de Yoga à quelques minutes d’ici aussi. Bref, avoir un rythme un peu plus normal…Et en attendant les premières chutes de neige qui tardent à arriver(il y avait déjà de la neige ici l’année dernière à cette époque) profiter des derniers jours de l’été indien…
Encore de très belles journées douces ces derniers jours, ici à 15 mn de Dieppe. J’adore!
Demain, lundi 21 octobre, c’est le jour des élections ici au Canada pour élire le premier ministre, eh oui peut-être que Justin Trudeau ne sera plus à la tête du pays demain soir…Comme dans beaucoup de pays anglophones, les élections ont lieu un jour de semaine et comme en Grande-Bretagne, c’est un système électoral fondé sur le système » first past the post », système uninominal à un tour en français. C’est à dire que les électeurs doivent choisir le député de leur circonscription représentant le parti de leur candidat préféré et c’est le candidat qui remporte le plus grand nombre de circonscriptions qui est élu. La campagne a commencé il y a un mois à peine et les canadiens ne se passionnent pas vraiment pour la politique, le taux d’abstention est élevé, plus de 50%. Par ailleurs, les électeurs doivent s’inscrire pour recevoir une carte électorale et la présenter le jour des élections. Il y a une association nationale non partisane, Elections Canada, qui gère l’administratif et informe la population, un représentant est venu dans mon établissement pour informer les élèves qui connaissent peu le système d’ailleurs. Cette association propose également aux jeunes de 16 à 18 ans de participer à l’organisation des élections en tant qu’assesseur moyennant 300$ la journée!!! Histoire de motiver les jeunes à s’intéresser à leurs droits de citoyen!
Ici, les gens n’hésitent pas à mettre un panneau dans leur jardin avec le nom de leur candidat. J’imagine mal cela en France, qui voudrait mettre une photo de Marine dans son jardin??
Il y 5 candidats majeurs en lice, Justin Trudeau pour le parti Libéral, un candidat conservateur, une candidate pour le parti des Verts, un candidat atypique néo-démocrate, un indien avec un turban, avocat brillant, qui fait parlé beaucoup de lui, et un candidat québécois qui veut tout simplement l’indépendance du Québec!!! Il y a eu un grand débat la semaine dernière avec les 5 candidats, un premier soir en anglais et le surlendemain, en français! Les 5 candidats sont parfaitement bilingues. Nathan et Eva ont pu voir des extraits en cours, encore un autre regard sur la politique…
Les sondages disent que cela va se jouer en Trudeau et le candidat conservateur, mais le parti des Verts, comme de partout dans le monde, risque aussi d’arriver dans les premiers. Les enjeux majeurs de ses élections: le changement climatique( il y a eu beaucoup de manifestations des jeunes ces derniers mois, mais en même temps certains canadiens continuent à rouler avec les voitures qui consomment du 20 au 30 L au 100!!!), l’immigration, le gaz et le pétrole et l’emploi.
Eva et Nathan ont pu voter vendredi dans leur lycée, une autre façon d’impliquer les futurs électeurs.