Fin chapitre 2

Dans quelques jours nous serons en France pour les vacances, en cette fin de trimestre et d’année, il est temps de faire un premier bilan de notre expatriation canadienne…

La vie au quotidien:

Après une arrivée sur les chapeaux de roue et beaucoup de tracas administratifs, des heures d’attente à la frontière américaine ou dans les bureaux de l’administration pour régler toutes les modalités administratives qui d’ailleurs ont failli avoir raison de moi tellement les démarches sont compliquées et fastidieuses et l’approche différente de ce que nous pouvons connaitre en France, on peut dire, après avoir franchi toutes ces étapes, que le rythme de vie canadien est plutôt relax! Pas de stress, pas de pression inutile, les journées de travail sont moins longues dans l’ensemble, le sport et la nature font partie du quotidien, pas de bouchons ou d’endroits surpeuplés, pas de pollution sonore ou autre, des magasins ouverts tard le soir et le dimanche( c’est plutôt pratique!). Côté finance, c’est carrément intéressant, la vie est ici 20 à 30% moins cher dans l’ensemble dépendant des produits. L’essence est à 80 centimes le litre( en euros, mais attention les voitures peuvent consommer énormément, jusqu’à 20 l/ 100! Ils ont encore des efforts à faire à ce niveau là!), le prix des maisons est vraiment intéressant, tu as une maison neuve mitoyenne, déco moderne et cuisine équipée pour 200 000$ environ dans un quartier résidentiel, cela fait grosso modo moins de 150 000€ et ici tu n’as besoin que de 10% d’apport. Par contre les loyers sont chers et il a peu d’offre( pour l’instant car cela construit de partout!), l’assurance voiture est aussi la mauvaise surprise, ainsi que les forfaits internet et mobiles.( autour de 50 à 100$/ mois).

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Le climat :

C’est la très bonne surprise, ici rien à voir avec ce que l’on imagine en Europe!

😲

Ok, je pense qu’ au Nord du pays, Il y a des conditions extrêmes, mais ici au NB c’est franchement très correct,  moi j’adore la météo pour l’instant, beaucoup de soleil, jamais de brouillard, des journées de pluie intense certes, mais quelques fois seulement par mois et le soleil revient vite. Côté neige pour l’instant, 2 épisodes neigeux avec 10 cm maxi seulement, le gros arrive soi-disant de janvier à mars, mais j’attends de voir.. Ici ils disent que c’est terrible, mais les connaissant maintenant, je ne sais pas si ce n’est pas un peu exagéré…Les températures pour l’instant ça va, des grands écarts d’une journée à l’autre, on peut passer de -10 à 12 en une journée! Le plus bas pour l’instant -13 et pour la montagnarde que je suis, ben franchement c’est rien, car le ressenti n’est pas du tout le même, c’est un froid maritime et  non sec comme près des montagnes. -13 équivaut à  -2/3 pour moi, alors il me font bien rire, quand ils sortent leurs bottes de neige ou pantalons de ski quand il fait en dessous de zéro..Non  franchement, je trouve la météo mieux que dans mon Nord Isère😇..J’adore les journées de soleil, la luminosité est incroyable et les lever et coucher de soleil à couper le souffle. J’ai hâte aussi de faire des raquettes, ski de fond et chiens de traîneau dans le parc à côté de chez moi et d’aller au ski dans les monts à 1 h d’ici par de belles journées ensoleillées et enneigées!

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Les canadiens:

Ils sont à l’image de leur réputation, gentils, souriants, aimables, détendus et je suis toujours surprise quand la caissière du supermarché, alors que je ne l’ai jamais vue, me dit: alors tu vas bien aujourd’hui? C’est vrai, tu ne vois pas de gens qui font la tronche, qui s’énervent en public( quoi que j’ai été surprise d’en voir quelques uns quand même en voiture ou dans une file d’attente, mais cela reste occasionnel), qui sont condescendants ou sarcastiques, c’est une ambiance plutôt bon enfant, mais je mettrais quand même quelques bémols…Peut-être que c’est spécifique au Nouveau Brunswick, mais je trouve qu’il y a encore beaucoup l’esprit » bucheron » chez certains hommes surtout au volant de leurs monstres de pick-up, et d’autant plus dans les zones rurales, comme celle où j’enseigne. Je trouve aussi qu’il y a aussi encore la peur de l’étranger et une forme de racisme qui existe surtout envers la nouvelle vague d’immigration venant des pays africains francophones, de la Syrie, de l’Inde et de l’Asie mais aussi des francophones vers les anglophones et vice-versa. Il faut dire que les stigmates de l’histoire acadienne et canadienne sont encore bien présents ici, on m’a dit que dans les années 1970, on ne pouvait pas parler français dans les rues de Moncton, c’était tabou, les gens ne devaient le parler qu’à la maison… Quand on sait qu’il existe encore une association des droits des anglophones encore aujourd’hui, cela en dit long sur la société néo-brunswickoise… J’ai dû moi aussi dans une certaine mesure me faire accepter par mes élèves dans mon petit village rural anglophone et conservateur. Même si heureusement il y a des gens évolués, ouverts et modernes, il y persiste encore cette ambiance « Amérique profonde » où l’église y joue un rôle très important, où les réverends ont encore une emprise sur la vie quotidienne des gens et sermonnent, où beaucoup de sujets sont encore tabous. Cela a été un choc culturel à ce niveau là pour moi, je ne pensais pas trouver cette mentalité ici au Canada et je dois apprendre à faire avec, même si cela m’exaspère…Après avoir vécu dans un pays musulman, où tu t’attends à certaines barrières culturelles, je dois dire que je suis surprise et je réalise que le poids de la religion est encore bien présent partout. Et c’est aussi la même chose dans le pays voisin…

Côté cool attitude, je dois dire aussi qu’elle a ses limites, ou peut-être est-ce ma vision cartésienne et européenne, mais je trouve que les canadiens et je le vois dans les classes tous les jours, ne sont pas assez résilients, ils ne vont pas au bout des choses et ne se mettent aucune pression, ni dans leur travail, ni à l’école, peut-être seulement dans le sport… Peut-être que c’est eux qui ont raison, en tout cas, tu ne vois pas beaucoup de gens surmenés ou stressés par le travail, ou pressés par la hiérarchie. Tout peut-être remis à plus tard( je le vois tous les jours avec mes collègues!), quand je pense à la vie parisienne ou citadine en France, on est très loin de tout cela… Et enfin, un dernier point sur les canadiens, leur sensibilité et tendance à être dans l’émotion constamment, tout semble être vu sous le prisme de l’émotion et pas toujours de la rationalité et du bon sens, un petit mot, un évènement anodin, une petite dispute peuvent prendre des proportions importantes…Peut-être que leur système éducatif scolaire leur a justement appris à laisser aller leurs émotions et à s’écouter…peut être un peu trop…

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Le système scolaire, côté enfant :

J’ai beaucoup parlé plus haut du système scolaire côté prof, mais pas encore du côté de mes enfants. Comme je viens de le dire, le manque de résilience et la tendance à s’écouter un peu trop se retrouvent dans les classes et les enfants ne font pas beaucoup d’efforts pour apprendre et approfondir,  » c’est trop dur », j’entends souvent. Ils préfèrent le ludique, c’est sûr, car l’approche éducative dès le plus jeune âge est essentiellement ludique! De plus, le système scolaire ne met pas l’accent sur la connaissance vraiment ici, mais plutôt sur la socialisation, comme beaucoup de pays anglophones d’ailleurs. Alors, je dis aux parents français qui veulent toujours remplir plus la tête, déjà bien pleine de leurs progénitures et trouvent qu’ils n’apprennent pas assez à l’école, ne venez pas au Canada! Ici finir le programme n’est pas une angoisse, avoir de bonnes notes non plus, avoir beaucoup de devoirs à faire le soir(sinon le prof n’est pas un bon prof), encore moins…Du coup, oui pour les petits français, comme mes enfants qui ont toujours connu notre système, le changement est surprenant. Ils trouvent que cela ne va pas très vite dans les cours, il n’y a pas de copie de cours, des leçons avec petit 1, petit 2, petit 3 à recopier, les cahiers ne sont pas bien tenus et ce n’est pas la priorité, l’accent n’est pas non plus mis sur la culture générale et c’est vrai qu’ils ne connaissent pas grand chose du monde…Le sport a aussi quasiment autant d’importance pour développer d’autres compétences ainsi que l’engagement communautaire ou caritatif. J’ajoute aussi que tous les jeunes à partir de 14 ans ont un petit boulot après l’école. Encore une autre façon de voir les choses… Ceci dit, je trouve quand même que les cours à partir de la seconde, ne sont pas si légers, ma fille en douzième année( équivalent de la terminale) à des cours de sciences plus poussés et approfondis qu’en Term S en France. Le fait qu’il n’y ait aucune sélection de la maternelle à la terminale, ni d’écoles privées, toute la sociéte est représentée dans les classes, à cela s’ajoute l’inclusion scolaire depuis les années 90 avec des élèves ayant de lourds handicaps( elle est d’ailleurs pas mal critiquée cette inclusion par les parents et enseignants), du coup difficile d’avancer très vite dans les classes, il faut essayer d’adapter l’enseignement à tout ce petit monde et avant tout comme je l’ai dit plus haut créer des liens forts avec les élèves pour qu’ils se sentent en confiance. C’est seulement à partir de la seconde que les élèves peuvent choisir des matières phares et créer un parcours d’orientation plus ou moins élitistes. Les cours proposés dans les lycées vont de la cuisine à l’ébénisterie, en passant par la psycho et le droit. La selection se fait donc à ce moment et la spécialisation devient plus poussée car les lycéens ne choisissent que 4 à 5 matières. C’est les notes obtenues en contrôle continu en première et terminale dans chaque matière qui permettent de prétendre aux universités ou « colleges » et tout le monde obtient sa graduation( équivalent du bac). Si tu obtiens plus de 90 en sciences ou matières pointues, tu es considéré comme l’élite en quelque sorte et tu peux rentrer dans des universités prestigieuses. Pour entrer en médecine par exemple, il faut s’approcher des 95 %. Cette sélection me semble plus égalitaire finalement…

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Enfin, les paysages

C’est aussi la très bonne surprise, mais on s’y attendait un peu. Le Nouveau Brunswick est encore classé cette année parmi les 20 meilleures destinations de voyage et l’année dernière le Monde a classé l’Acadie comme première destination… C’est vrai, c’est grandiose, j’adore! La côte Atlantique, les forêts, rivières, lacs, les ponts couverts, la chaine des Appalaches et je n’ai encore rien vu! Le Nouveau Brunswick regorge de trésors, des stations de ski plus au nord aux ballades en moto des neige ou chiens de traineau, de la pêche au saumon ou au homard, aux sorties en catamarans à Shédiac ou bateaux pour observer les baleines à Saint Andrews, des cascades de St John aux gorges naturelles ou grottes marines, de la baie des chaleurs à la baie de Fundy, des randonnés en raquettes aux randonnés en bord de mer, que de choses encore à voir et faire! Et ce n’est qu’une seule province! Le Québec, l’île du Prince Edouard, la nouvelle Ecosse voisins ont aussi leurs secrets bien gardés…

Il faudrait rester encore plusieurs années je pense pour voir tout cela…

Et après ce bilan plutôt positif, quelques points négatifs de l’expatriation : la famille et les amis qui nous manquent et aussi les repas de famille et entre amis, la nourriture, le fromage, le pain, les desserts, le chocolat, les belles boutiques du centre ville et tout le raffinement à la française, les veilles pierres et monuments historiques…Mais je crois que la liste des choses qui ne nous manquent pas est encore plus longue…

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