Jamais, je n’aurais imaginé en cet après-midi de juillet où j’ai reçu un coup de fil de la proviseur de l’école régionale de Petitcodiac me proposant un poste pour la rentrée, que le nom de ce village était chargé de tant de symbolique et d’histoire de la culture aborigène, acadienne et canadienne…











La rivière Petitcodiac appelée aussi la « rivière chocolat » prend sa source dans le village de Petitcodiac qu’elle traverse tout près de mon école. L’eau y est encore claire, les élèves me disent s’y baigner l’été et faire de la moto des neiges dessus l’hiver ! Elle poursuit son chemin sur 129 km pour aller se jeter dans la baie de Fundy, tout à l’Est du Nouveau Brunswick.






Sa couleur change au niveau de Moncton, c’est la présence de minéraux et le ballet des marées les plus hautes du monde qui lui donnent cette couleur chocolat, parfois gris clair et bleutée. Une légende Mik’maqs raconte que sa couleur est la conséquence d’une lutte entre une anguille et un homard géant. Rivière de taille normale à sa source, son envergure à l’embouchure est spectaculaire et impressionnante par sa largeur. Son nom vient des indiens Mik’maqs même si certains disent qu’il ferait référence au terme français « coude », qu’elle forme au niveau de Moncton. La rivière s’élargit un peu avant Moncton où se trouve le dernier pont pour l’enjamber, ensuite la largeur, les marais ainsi que la pression des marées les plus hautes du monde ne permettent certainement pas la construction d’un autre pont.







Son histoire est liée aux premières nations et aux acadiens, mais aussi à la richesse économique de Nouveau Brunswick au 19eme siècle avec la construction navale, l’industrie du bois, la pêche aux homards et l’exploitation de minéraux variés(les villes de Boston et NY comptent encore aujourd’hui des bâtiments faits en grès de Petitcodiac !). Plus récemment, c’est le pont-jetée, construit en amont de Moncton en 1966 qui a fait couler beaucoup d’encre. En effet, la construction du pont à vannes a interrompu le flot naturel de la rivière et a détruit un grand nombre d’espèces, comme le saumon atlantique. Cela a entrainé également la réduction de la largeur de la rivière après Moncton et le dépôt de sédiments. Depuis les années 2000, il y a eu des multitudes de procès jusqu’à la cour suprême canadienne, liés à des scandales environnementaux et des problématiques économiques. Incroyable ce qu’une simple rivière peut créer comme crispations et tensions ! Si les anciens savaient cela ! Aujourd’hui, un nouveau pont (promis dans les campagnes électorales depuis le début des années 2000 !) est en construction, travaux titanesques depuis 2017, juste à côté de l’actuel, la fin étant prévue pour 2021. Beaucoup d’habitants espèrent retrouver la rivière qu’ils ont connue jeunes, notamment le fameux mascaret, vague de 70 cm environ naissant deux fois par jour sur la rivière au rythme des marées, allant à plus de 10 km/heure, phénomène beaucoup plus marqué avant la construction du pont( deux mètres de haut!). On peut y voir, paraît-il en été des surfeurs venir s’y amuser. Les Mik’maqs, eux se servaient de ce masquaret pour avancer plus vite et atteindre en une journée la ville de St John, plus au sud.












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Aujourd’hui des associations environnementales tentent de protéger cette rivière, à la biodiversité très riche et à l’histoire tumultueuse, tout comme ses eaux!













