En cette période de crise mondiale, je ne peux m’empêcher de penser à ce slogan de propagande, dont l’histoire est surprenante d’ailleurs, et que l’on associe à tort à Winston Churchill, et qui reflète l’état d’esprit que le gouvernement anglais voulait insuffler pendant la guerre éclair de 1939.
Il est tellement représentatif de la façon dont est gérée la pandémie ici au Nouveau Brunswick, à l’opposé de ce que j’entends de la France, de manière complètement surréaliste des deux côtés de l’Atlantique.
Ici, tout a commencé alors que l’Italie était déjà en quarantaine, en fait à notre retour de Californie. Le gouvernement a annoncé le 8 mars que toutes les personnes qui rentraient de l’étranger à partir de cette date devaient rester chez elles en quarantaine, on était rentrés le 7 🙂 ! Il n’y avait toujours pas de cas déclarés au Nouveau Brunswick et encore moins de 100 dans tout le Canada. Cela concernait pas mal de monde, puisque c’était le retour de la semaine de March Break et si dans mon école rurale il y avait peu d’élèves et de professeurs concernés, ce n’était pas le cas dans les écoles des villes, où l’on commençait à parler de pénurie de professeurs remplaçants et l’annulation de journées de formation. Puis le mercredi, on a annoncé qu’un cas avait été déclaré dans le Sud Est du NB, c’est-à-dire Moncton et environs, une femme d’une cinquantaine arrivant de voyage en France. A l’école, c’était déjà la panique, des élèves venant avec des gants et des masques et des produits désinfectants ! Toute l’équipe a mis les points sur les I, pour ne pas laisser l’hystérie s’installer et moi j’en ai profité pour reparler du procès des sorcières de Salem et l’hystérie de masse de l’époque J !
Un deuxième cas a été annoncé le jeudi, un proche de la première personne. On a commencé à annuler les tournois, entraînements, évènements à venir. Et le vendredi, déjà beaucoup d’absents (7 en classe de 6eme !) et cette ambiance fébrile dans l’école, quelque chose se tramait. Pourquoi de telles réactions des élèves et des parents ? Pour plusieurs raisons, la religion pour certains, car il existe encore des communautés mennonites dans certaines parties de la province, proches des communautés Amish et ayant des croyances spécifiques en matière de santé. De plus, les canadiens, je l’avais remarqué, sont méfiants de nature des virus et autres bactéries, un peu comme les japonais, en fait. Et le verdict est tombé, vendredi soir, en même temps que la France quasiment, les écoles seront fermées pendant 15 jours aux enseignants et enfants, seuls les agents d’entretien s’y rendront pour tout désinfecter. Aucun cours en ligne ou travail à la maison seront donnés a sommé le ministre de l’éducation du Nouveau Brunswick, pas de contact avec les élèves et les parents, pas de réunions dans les établissements, pas de travail supplémentaire à faire, il fallait considérer ces 15 jours comme des snow days et des mesures seraient prises plus tard, si les fermetures perduraient ! Les enseignants étaient surpris, d’autant plus que l’on avait montré aux élèves le vendredi comment accéder aux classes virtuelles sur Office 365 ! Mais après réflexion, cette décision n’est pas si surprenante dans un pays où le travail à la maison n’est pas recommandé pour souci d’équité. Il n’y a pas non plus beaucoup de vacances ici, une seule semaine entre janvier et fin juin.
A moi, les lectures, formations en ligne, vidéos, films, sport ! Désolé, chers collègues de France ! Et depuis lundi, nous recevons des informations au jour le jour, soit des recteurs, soit du gouvernement. Le clou a été hier, le recteur nous a écrit que nous devions prendre soin de nous et a fait une liste d’activités que nous pouvions faire pour ne pas céder au stress et à l’anxiété( yoga, activités sportives, marche à l’extérieur, respirations profondes, mettre en place une routine, montrer de la gratitude à ses proches et son entourage, profiter de ce moment en famille, ne pas écouter les informations en boucle, vérifier ses sources, bien s’alimenter, un numéro de téléphone est également disponible pour soutenir le personnel…) Un message surréaliste en soi, certes mais qui l’est d’autant plus quand mes collègues enseignants en France me racontent à quel point l’organisation des cours en ligne est faite dans l’urgence, sans formation, sans matériel, sans concertation qui se traduit quasiment par un enseignement individualisé( quand on sait qu’ils ont en moyenne au collège et lycée 150 à 200 élèves) avec des courriels incessants des élèves et des parents parfois agressifs, des inégalités profondes entre les établissements au niveau du matériel, des consignes mais aussi du public plus ou moins favorisé, des enfants sans ordinateurs, imprimantes ou connexion, surtout au primaire et collège, des enfants non autonomes et entraînés, des parents non disponibles, des enseignants ne jouant pas le jeu non plus et n’étant pas formés non plus. Comme toujours, aucune consigne claire, des recommandations (je devrais dire injonctions !) contradictoires, bref une organisation à la française !
Euh, ben moi, comme je suis contente d’être au Canada et de suivre les injonctions de mon recteur !!:)
Même discours provenant du recteur des districts francophones en tant que parent d’élèves cette fois, qui nous a envoyé un message également hier, rappelant qu’il s’agissait d’un moment grave, en voici un extrait : « La poursuite des apprentissages est aussi une préoccupation pour nous et pour le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Toutefois, il faut savoir que l’éducation est bien plus que de fournir des devoirs aux élèves. Elle leur permet de développer des compétences et de s’actualiser comme personnes, ce qui doit se faire dans un autre contexte, pour le moment.
Nos installations scolaires sont remplacées temporairement par l’École de la vie. Je vous invite donc à profiter de ce moment pour encourager vos enfants à faire de la lecture, à demeurer attentifs à leur santé et mieux-être et à saisir cette situation sans précédent pour en faire une leçon de vie, pour bâtir la résilience de vos enfants et vos jeunes, et pour les amener à développer de manière créative de nouvelles habiletés autour de la maison. Et, bien sûr, je vous prie de respecter les consignes de la Santé publique, notamment en ce qui a trait à la distanciation sociale. »
Et ce matin, encore à la radio, une psychologue qui insistait sur le fait qu’il fallait profiter de ce temps en famille pour se détendre, communiquer, faire du sport, bien s’alimenter, montrer de la gratitude, vérifier les sources des informations, ne pas rester trop connectés sur les réseaux sociaux. C’est aussi les messages que nous recevons du gouvernement, par radio ou sur les réseaux sociaux : respecter les consignes de propreté, ne pas rester trop connectés, faire de l’exercice et veiller à sa santé mentale, des numéros verts sont aussi mis en place si les gens ont besoin de soutien psychologique. Pas d’injonctions traumatisantes, pas de décisions arbitraires et démesurées, une gestion qui semble réfléchie. En même temps, le Canada a tiré des leçons du SRAS. Aujourd’hui, l’état d’urgence a été déclaré au NB, avec toujours 2 cas déclarés, 10 suspectés et 400 tests négatifs administrés et des chiffres en augmentation dans tout le Canada. Les gens se mettent en quarantaine tout seul en fait, je l’avais remarqué aussi, lors des grands froids ou de la tempête Dorian en septembre les gens ont tendance déjà à rester chez eux et les rues se vident, beaucoup de magasins, salles de sports, spa et cabinets d’ostéo, kiné et massages ont fermé dès lundi ainsi que des bureaux ouverts au public. Les garderies qui étaient encore ouvertes jusqu’à hier, ont également fermées. Des mesures de bon sens sont prises, par exemple au supermarché, avant de prendre un chariot, il y a un jeune qui désinfecte la barre ou l’on pose les mains. Dans tous les magasins ou restaurants, il y a du désinfectant à l’entrée pour qu’on se lave les mains, les rouleaux de papier hygiénique sont limités à deux paquets par passage. On nous demande aussi de pratiquer la distanciation sociale, de rester à 3 mètres environ des gens que l’on côtoie et de rester en isolation le plus possible. Les décisions semblent mieux réfléchies, en même temps, il est plus facile de gérer 750 000 personnes imprégnées de la culture anglophone que 66 millions imprégnées de leurs origines latines ! 🙂







